Bienvenue sur mon blog. "Irving Rutherford", c'est mon pseudo, et c'est aussi un roman feuilleton qui paraît tous les mardis. Je sais pas vous, mais moi je déteste les écrivains qui racontent leur vie, même si c'est un peu ce que je fais. Alors du coup j'arrive pas à m'empêcher de rajouter deux ou trois trucs en plus, pour agrémenter le quotidien.
Si c'est votre première visite, je vous invite à lire un épisode ou deux. Chacun peut se lire indépendamment, mais le tout est relié par une continuité, et les vieux épisodes sont gardés dans les archives.
Je souhaite une bonne lecture aux nouveaux lecteurs comme aux habitués.


3 août 2010

46. Vincent s'impatiente


Ma statue de Superman ne rentre pas dans la voiture. On a pourtant tout essayé, on l’a tournée dans tous les sens possibles et imaginables, rien n’y fait. Je vais devoir l’abandonner sur place et cela me remplit d’une tristesse infinie.
Vincent essaye de fermer le coffre qui est déjà bourré à craquer, et m’annonce qu’avec mes conneries il ne restera plus de place pour les affaires de Xavier lorsque celui-ci voudra bien se réveiller.
-Xavier n’a rien apporté, dis-je. Et je n’ai pas fini de charger mes affaires.
Vincent s’allume une cigarette maussade. Je retourne à l’intérieur de la maison, et trouve ma mère assise sur les marches de l’escalier. Elle me demande si je suis prêt à partir en sirotant son café.
-Pas encore. J’ai beaucoup de choses à emporter.
Je me saisis d’un carton de bandes dessinées, et l’emporte dehors. Il contient les débris de mon ancienne collection, et le point de départ de la nouvelle. Elle sera plus importante qu’avant.
Vincent remplit la banquette arrière de victuailles, et râle quand je rouvre le coffre. Il me demande d’activer, parce qu’il ne veut pas partir trop tard.
-Pour éviter les embouteillages ?
-Ta gueule.
Je ne sais pas pourquoi dès que je charge une voiture j'ai l'impression de partir en vacances. Peut-être parce qu'une parcelle de l'air que je respire en moment même est chargée de mélancolie, même si celle-ci n'a rien à voir avec le départ.
Je refuse la cigarette que Vincent me tend, et fais un autre aller-retour avec un carton. Le moustachu fait une remarque blasée sur le fait que maintenant c'est certain que le coffre ne fermera plus.
-J'ai besoin de nouvelles affaires, dis-je.
-T'as même pas encore d'appartement à toi...
La route va être longue jusqu'à Paris, avec un casse-couilles pareil. Vincent ne se laisse pas toucher par les moments de grâce.
-Au fait, j'ai encore une idée de truc à écrire pour toi, ajoute-t-il.
-Fais-le toi-même. Moi j'écris plus.
-Ça parle de toi.
-Je fais que ça.
Je m'assois sur le capot de la voiture et frotte mes bras pour les détendre. Je ne serai sans doute jamais plus écrivain. Aucun des romans que je voudrais écrire ne vaut la peine de repasser une année comme celle que je viens de vivre.
A vrai dire j'ai hâte que tout ça soit fini, et qu'on ait gagné la bataille. Quand Irving Rutherford et sa bande de glands ne seront plus de ce monde, chaque jour sera d'or. Je me raserai la barbe, et je recommencerai à fumer. Je ferai assurer ma future collection de bandes dessinées.
-Tu penses toujours au futur ? me demande Vincent.
-Selon mes sources, le futur c'est le bordel.
-Et alors ?
Je confronte mon regard au sien, et je dois déglutir exagérément pour réprimer un torrent de gratitude qui déferle dans ma bouche. Une envie de le remercier pour sa confiance imbécile en l'avenir s'empare de moi. Vincent n'a pas peur des crises économiques ou du déclin des valeurs sociales. Il se fout des guerres et du réchauffement climatique.
Quand je lui demande ce qu'il voulait que j'écrive, je vois son visage s'illuminer. Il me conte avec délice cette histoire d'un jeune gangster qui renverse à lui seul la mafia dans sa ville natale, pour finalement en prendre le contrôle.
-Et comment il y a arrive ?
-Parce que c'est un bon. Parce qu'il a une paire de couilles tellement grosses qu'il les trimballe dans une brouette.
Je me retiens de lui demander s'il me parle bien en métaphore. Je me rends compte que je ne regrette pas vraiment de ne pas raconter l'histoire de ce type qui pousse sa brouette, et réalise avec tristesse que ce sera peut-être moins difficile que je le croyais de renoncer à écrire.
-J'ai écrit un roman, dis-je. Parfois ça suffit.
-Putain, il pionce toujours, l'autre con ?
Sans faire attention à moi ou mes états d'âme, il retourne à l'intérieur de la maison. Souvent je voudrais être moins stupide. Je voudrais envisager les situations globales et faire des choix qui veulent dire quelque chose. Voir plus loin que les obstacles sur mon chemin, vers lesquels je fonce.
Ma mère vient m’apporter un café, et s’assoit sur le capot avec moi. Ses yeux s’emplissent de nostalgie, et elle me confie avoir l’impression que je pars pour la première fois.
-Parce que j’emporte plus d’affaires.
-Parce que t’es devenu adulte.
Je hausse les épaules, et elle passe la main sur mon visage, s’amusant à ébouriffer ma barbe. Je goûte son café, qui ressemble à de la flotte, et la complimente dessus. Je fixe l’allée et les pavillons devant nous en silence, hésitant à faire certaines révélations. Je pourrais expliquer d’où viennent mes cicatrices, ou pourquoi mon appartement a brûlé. Mais je ne suis plus écrivain, je ne l’ai même sans doute jamais été, et les mots me manquent. Je finis par lui avouer que j’ai eu un cancer cette année.
-Moi aussi, répond-elle.
Je passe un bras autour de ses épaules, et elle me paraît soudain minuscule. Très vite, elle se dégage calmement pour aller s’installer dans le hamac du jardin, et lire un bouquin sur la place des femmes dans un pays qui m’est inconnu.
Et puis merde. Je décide d’abandonner l’idée même de continuer à charger le coffre, et de m’en tenir là. Je vais jusqu’au garage chercher des tendons pour le fermer. Je m’escrime ensuite pendant quelques minutes à faire en sorte que mon installation soit plus ou moins solide, et recule pour la contempler d’un air satisfait.
Vincent sort de la maison, les bras ballants, l’air hébété. Ses yeux sont implorants, et plantés sur moi comme des clous. « Demande-moi » semble-t-il supplier. Et pourtant je ne lui demanderai pas.
-Il se réveille pas, finit-il par dire.
Je hoche la tête, fataliste. Le moustachu secoue un doigt tremblant de droite à gauche, et frissonne involontairement. La terreur est avec lui, partout autour de lui, partout en lui. Elle fige ses larmes avant leur éclosion, et l’empêche de faire des phrases construites.
-Tu comprends pas, grelotte-t-il, il se réveille pas.
-Je comprends.
-Tu comprends pas. Suis-moi.
D’un pas saccadé, sans prendre la peine de me féliciter pour avoir fermé le coffre, il retourne à l’intérieur de la maison.
Je m’offre une dernière bouffée d’air revivifiante avant que ma vie ne devienne un réel bordel. L’été touche à sa fin, mais s’accroche encore pas mal, et sera dur à déloger. Le départ va certainement être retardé, mais ça me laisse le temps d'apprendre à pousser ma brouette.


Note : Froid

Prochainement : Xavier n'est plus mon agent littéraire

2 commentaires:

  1. vous écrivez sur internet en vue de nous faire publier ? ou bien est-ce juste pour votre plaisir personnel ?

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  2. Irving Rutherford publie sur internet simplement pour montrer à la face du monde à quel point il est ridicule et sans talent. Il vous aurait suffi de lire pour vous en rendre compte.

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