Bienvenue sur mon blog. "Irving Rutherford", c'est mon pseudo, et c'est aussi un roman feuilleton qui paraît tous les mardis. Je sais pas vous, mais moi je déteste les écrivains qui racontent leur vie, même si c'est un peu ce que je fais. Alors du coup j'arrive pas à m'empêcher de rajouter deux ou trois trucs en plus, pour agrémenter le quotidien.
Si c'est votre première visite, je vous invite à lire un épisode ou deux. Chacun peut se lire indépendamment, mais le tout est relié par une continuité, et les vieux épisodes sont gardés dans les archives.
Je souhaite une bonne lecture aux nouveaux lecteurs comme aux habitués.


Affichage des articles dont le libellé est boite. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est boite. Afficher tous les articles

8 juin 2010

38. Xavier ne sait pas ce qu'il rate


« Tu sais, je pense que je vais arrêter d'écrire ce roman que j'ai commencé. Il n'est pas vraiment bon, et il me prend beaucoup trop de temps. Je crois que j'ai envie d'essayer la peinture, aussi, peut-être de voyager un peu.
Je voudrais faire autre chose que de glander devant mon ordinateur en attendant d'avoir quelque chose à raconter qui soit intéressant. J'en ai marre de passer des heures sans rien trouver, et quand les idées viennent de repousser sans cesse le moment de les coucher sur le papier de peur qu'elles deviennent mauvaises si je les raconte mal.
Les histoires de chevalier n'intéressent pas grand monde, et moi-même je commence à m'en lasser. J'ai l'impression de passer tout mon temps à arracher chaque ligne de texte de ma tête, parce que fondamentalement j'ai pas envie d'écrire. Je commence à m'avouer que je ferais peut-être mieux de ne rien faire.
Je vais mieux. Je respire normalement maintenant, et je n'aurai pas de séquelles à part un tatouage amoché. Je voudrais que tu sois là tout le temps. Je suis moins con quand t'es là. »
Je plie la lettre pour Martine et la range dans ma poche. Je me demande un instant si je n'en fais pas un peu trop, et si elle ne risque pas de s'inquiéter. Mais je ne pouvais décemment pas lui dire que j'écris moins depuis que mes amis et moi avons récupéré une télévision.
Xavier me fait signe du canapé que le feuilleton hollandais incompréhensible que nous adorons va bientôt commencer. J'hésite un instant à le rejoindre, mais après un coup d'œil par la fenêtre, je remarque que le soleil est déjà bas dans le ciel.
Et je commence à comprendre qu'il fait pas bon se balader la nuit en ce moment. J'enfile une veste, surpris par ma propre stupidité. La chaleur ces derniers jours atteint des summums de méchanceté et la nuit n'offre qu'un répit de façade.
Vincent est encore plus stupide que moi. Il vient chercher un épais sweat à capuche sur un dossier de chaise, et enfile un manteau en velours par dessus. Quand je lui demande s'il est malade, il me répond que contrairement à moi il préfère garder un certain style.
Il s'allume une cigarette et m'en tend une, que je refuse. Mes poumons sont encore douloureux, et fumer est devenu pour moi un supplice. Apercevant ma veste, il me questionne sur ma destination, qui s'avère être proche de la sienne.
-Tu vas où ? je demande.
-Au réapprovisionnement. Tu vas m'aider à porter des trucs.
J'ai la sensation que c'est un honneur qu'il me fait de me montrer son monde. Qu'en démystifiant la source de toute cette nourriture qu'il rapporte, il me témoigne plus de confiance que jamais. Mais en réalité il doit certainement avoir des trucs lourds à ramener.
Je propose à Xavier de nous accompagner, pour se dégourdir les jambes. Il refuse en secouant la tête imperceptiblement, suspendu aux lèvres d'un acteur hollandais qui entame un monologue les larmes aux yeux.
-Je crois qu'il vient de tout perdre, commente-t-il.
Vincent et moi sortons de l'appartement, et Xavier nous hurle de ramener des plantes aromatiques pour agrémenter les kilos de pâtes qui constituent la base de notre alimentation. Une fois dans la rue, privés de la fraicheur de l'immeuble, le moustachu marque une pause de quelques secondes, comme un palier de décompression. Puis il m'emmène à travers la capitale, vers une destination connue de lui seul.
Nous marchons jusqu'à un quartier excentré proche de celui de Martine. Vincent semble aux aguets et scrute les rares personnes que nous croisons d'un œil suspicieux. Quand un adolescent vient nous demander des cigarettes, j'ai comme l'impression qu'il s'apprête à le frapper.
-Les gens te prendront tout, maugrée Vincent un fois qu'il a chassé l'importun.
Il m'emmène jusqu'au pied d'un immeuble, et insiste pour que je ne parle pas une fois que nous pénétrons à l'intérieur. Il m'explique que ce qui va suivre concerne les grandes personnes.
-Alors pourquoi c'est toi qui t'en charges ?
-Ta gueule.
Nous montons les escaliers, et croisons plusieurs hommes qui descendent précipitamment, tous armés, portant des cartons ou des sacs de sport. Je peux voir au regard de Vincent que c'est inhabituel même pour lui. Arrivés au dernier étage, le moustachu frappe à une porte, et je peux entendre des jurons proférés de l'autre côté. Un homme vient nous ouvrir, l'œil vif et paniqué, un sac vide dans les mains.
Reconnaissant Vincent, son visage se détend un peu, et il nous fait signe d'entrer. Immédiatement, il commence à remplir son sac avec tout ce qu'il trouve sous la main : Boîtes de conserve, papier toilette, boîtes de munitions...
-C'est pas le moment, crie-t-il à 'adresse de Vincent.
Un des hommes que nous avons vu descendre fait irruption dans l'appartement, attrape deux jerrycans certainement remplis d'essence, et retourne dévaler les escaliers. La pièce est jonchée d'objets divers, et je serais bien incapable de savoir moi-même quoi emmener en premier.
L'épicier de Vincent tente de clarifier la situation tout en faisant ses bagages, mais ses paroles sont incompréhensibles. Ses mains tremblent tellement qu'il lâche un objet sur deux.
-Ils passent au niveau supérieur, geint-il. Je crois qu'ils en ont vraiment marre.
Vincent lui demande de se calmer, en vain. Un autre homme vient chercher le sac fraîchement rempli, et annonce que c'est le dernier voyage parce que l'heure tourne et que ça devient vraiment trop risqué de rester ici.
Comme pour confirmer ses affirmations, un bruit assourdissant retentit dehors. Un bruit qui me rappelle une explosion de roquette à laquelle j'ai assisté, mais en plus grandiose. J'ai la sensation que le sol tremble pendant quelques secondes. Vincent et l'homme se précipitent à la fenêtre, tandis que je reste figé sur place, incapable de bouger, ressentant chaque vibration dans l'air et attendant de voir où elles me mènent.
Sans que je comprenne pourquoi, Vincent demande à son acolyte si le quartier abrite un nid de révolutionnaires. L'homme hoche la tête d'un air grave.
-Qu'est-ce que tu crois ? rétorque-t-il. Ici c'est le seul endroit où tu peux vivre bien. On les soutient, c'est notre manière de changer des choses.
Le moustachu hurle « Bordel de merde », et m'attrape par le bras pour m'entraîner dans l'escalier. Je descends les marches quatre à quatre, guidés par l'instinct de survie, dans l'ignorance du danger qui me menace.
J'entends une deuxième détonation démentielle dehors, plus proche cette fois. Elle est si forte qu'elle couvre les jurons nerveux que beugle l'épicier derrière nous. Vincent crie lui aussi, mais je pense que ce sont des ordres destinés à notre survie. J'ai envie de lui demander ce qu'il propose concrètement à part courir se mettre à l'abri.
Nous débouchons dans la rue, et découvrons une foule en proie à la folie. Deux immeubles riverains sont déjà démolis, et un avion passe au dessus de nos têtes à une vitesse inimaginable, pour aller larguer une troisième bombe un peu plus loin, qui fait voler en éclat plusieurs bâtiments.
Certaines personnes tirent à coups de revolver en direction de l'avion, pensant réellement l'abattre, ou cherchant à évacuer leur rage et leur frustration. Les gens sont des centaines dans la rue, chose que je n'ai pas vue depuis des mois. En fait, je pensais même que tout le monde avait déserté Paris.
Des hommes armés de mitraillettes, presque tous barbus et hirsutes, exhortent la population à évacuer le quartier rapidement. Facile à dire. Comme pour se moquer de nous qui avons si peur, deux avions supplémentaires viennent bombarder les immeubles autour de nous, faisant pleuvoir un déluge de briques sur la foule.
Vincent reçoit un petit gravât qui lui ouvre le front. Son épicier n'a pas cette chance, prenant de plein fouet un amas de briques cimentées qui lui écrase le crâne sous nos yeux. Ma poitrine me brûle, et j'ai l'impression que je vais arracher mes points de suture simplement en respirant.
Autour de nous, tout n'est que cris et larmes. Complètement sonné, j'essaye de ne pas regarder les cadavres autour de moi, parmi lesquels se trouvent plusieurs enfants. Mes oreilles sifflent tellement que j'entends la nouvelle bombe comme si elle explosait dans l'eau. Cette fois-ci, elle détruit l'immeuble dans lequel Vincent et moi nous trouvions il y a encore quelques minutes.
Je sais pas si les choses changeront un jour. On est plus nombreux, mais on arrive jamais à rien. On est l'armée des perdants, on se bat avec des nunchakus contre des tanks. On survit dans l'espoir de pouvoir au moins égratigner ceux qui bousillent notre existence.
Vincent et moi nous hurlons des choses que nous ne comprenons ni l'un ni l'autre. Il finit par pointer une direction avec son doigt, et nous la suivons en courant, dépassant les autres fuyards. Nous continuons de courir bien après avoir quitté le quartier bombardé.
Quand nous nous arrêtons pour reprendre notre souffle, je remarque que ma blessure saigne à nouveau. Je convaincs Vincent de me laisser regarder l'entaille sur son front, et il se laisse faire à contrecœur.
-J'ai rien, bouillonne-t-il. C'est bourré de morts là-bas.
-J'ai vu des mecs filmer avec leurs portables. Ça va passer à la télé, partout. On va nous envoyer de l'aide.
Il ne répond rien, mais me dévisage comme si je venais d'une autre planète. Nous rentrons sans dire un mot de plus, et j'ai pourtant l'impression que c'est le trajet le plus court de ma vie.
Une fois dans l'appartement, je découvre Xavier endormi sur le canapé, devant la télévision qui diffuse les cours de la bourse en portugais. Je réalise qu'il fait maintenant nuit noire, et j'essaye de deviner combien d'heures se sont écoulées depuis notre départ. Vincent se laisse tomber dans un fauteuil, et le bruit réveille Xavier. Je lui demande la télécommande, qu'il refuse de me donner.
-Vous vous êtes pété le cul en cachette ? demande-t-il. Vous avez mis des plombes.
-Zappe sur les chaînes d'information. Tout de suite.
Le regard déterminé que je lui lance suffit à le convaincre, sans doute parce qu'il vient de se réveiller. Il bascule sur une chaîne anglaise, où nous découvrons un présentateur à l'air bienveillant qui parle d'un prochain sommet quelconque de chefs d'États. Vincent ne daigne même pas poser les yeux sur le poste.
Xavier enchaîne avec le journal espagnol, qui fait le portrait d'un joueur de foot. Vincent se lève de son fauteuil, et se dirige vers sa chambre d'un pas traînant. Xavier m'interroge du regard mais je ne décroche pas de la télévision.
Le journal belge passe en revue les grands titres, et s'attarde un peu sur les prochaines élections. Le point d'orgue des informations allemandes est la naissance d'un bébé panda.
J'ai besoin d'aide.


Note : Décrire plus

Prochainement : Irving est différent

30 mars 2010

28. Lucien insiste

-Bah alors, ma poule, je croyais que les écrivains adoraient les chemises blanches ?
Lucien me colle une gigantesque claque sur l'épaule, et s'amuse à me donner des petits coups de poings dans les côtes, juste pour voir comment je me défends. J'ai l'impression qu'à chaque mouvement que je fais, la chemise que je porte va se rompre tant elle me paraît fragile.
Mon réalisateur attrape un vendeur qui passe et lui demande une cravate pour aller avec le costard que je porte. Il me chahute encore un peu, me questionnant avec insistance sur la cavalière que je compte amener pour monter le tapis rouge.
-Il y aura un tapis rouge ?
-Je vais en louer un, me répond-il. Et puis des plantes aussi, parce que la salle des fêtes est un peu morne.
-La salle des fêtes ?
Il rit de bon cœur, comme un gosse excité à l'idée de jouer dans le spectacle de son école. Il me parle du film qui va faire un carton en DVD, et de l'aventure humaine qu'aura été le tournage.
-Tu m'as scotché, s'exclame-t-il. La scène avec le commissaire, là... Et puis cette scène aussi où tu as improvisé une réplique...
Je lui rappelle la phrase exacte, qui est « Si j'étais un homme bon, je pourrais me dire que je ne mérite pas tout ce qui m'arrive ». Il s'esclaffe comme si j'avais sorti la blague de l'année, et soliloque sur la colère dans mes yeux qui passe bien à l'image.
Le vendeur revient et me propose plusieurs cravates. Lucien en choisit une pour moi, un peu trop bariolée à mon goût. J'aperçois mon reflet dans le miroir, et ce n'est pas moi que je vois mais Irving Rutherford. Il m'observe en retour, avec un air perdu, se demandant pourquoi je m'habille comme lui.
Lucien revient à la charge au sujet de ma cavalière, et je suis forcé de lui avouer que je comptais venir seul. Il me fait comprendre avec insistance que c'est impossible.
-Du glamour, ma poule.
Je remarque que le vendeur, maintenant retranché derrière son comptoir, se fout de ma gueule. Sans doute la cravate. Le miroir s'assombrit, et Irving Rutherford, lassé, fout le camp. La glace obscurcie ne me renvoie plus qu'un reflet vide dans lequel je ne suis pas. Mon ego crie au scandale.
Mon réalisateur a des mots rassurants, et me console en me proposant d'aller en boîte ce soir pour me chercher une cavalière. Je l'écoute à peine, trop obnubilé que je suis à scruter le miroir à la recherche de mon reflet. J'ai beau savoir que c'est un peu narcissique, j'aimerais qu'il renvoie mon image, même floue, même incomplète.
Je voudrais exister toujours plus, jusqu'à devenir aussi important qu'Irving.
Enfin, je voudrais savoir pourquoi je n'appartiens pas au monde du miroir. Calmement, je m'avance vers la glace vide. Derrière se trouvent certaines réponses, et probablement un univers parallèle. Il est habité par des êtres qui nous ressemblent, et qui sont pratiquement tous gauchers. De l'autre côté du miroir, mes tatouages sont illisibles, et c'est une manière comme une autre de tirer un trait sur le passé.
Je ferme les yeux. Les sons autour de moi sont déformés par l'atmosphère mystique que j'ai créée en quelques secondes. C'est presque un moment solennel, et sûrement aussi un nouveau départ.
Je marche vers le miroir, sans peur, et me cogne de plein fouet. Mon front fait un bruit sourd qui résonne dans le magasin, et je sens mon nez s'aplatir violemment.
Je pousse un juron en ouvrant les yeux, et frotte mon visage endolori. Lucien pousse un éclat de rire retentissant, tandis que les clients braquent leurs yeux sur moi comme des phares. Je rougis un peu, observant mon réalisateur se tordre de rire.
-Cette fois tu t'es surpassé, s'esclaffe-t-il.

-Qu'est-ce que tu prends, ma poule ?
-Comme toi.
-Ça m'étonnerait, t'aimes pas la bière.
-Prends-moi une putain de bière.
Sans chercher à comprendre, Lucien se faufile dans la foule amassée près du comptoir, et tente de capter l'attention d'un serveur. Tout le monde boit de la bière putain, alors moi aussi.
Le DJ lance une chanson à la mode, qui fait rugir la salle. Les gens se mettent à se trémousser, plus ou moins en cadence. Certains font des efforts pour ne pas renverser leurs verres, d'autres frottent leurs culs par terre. L'air se fait rare, mais il est agréable à respirer. Il est chargé d'odeurs concrètes et de sons graves qui font vibrer les tripes.
Lucien semble perdu dans la foule. Je joue des coudes pour le rejoindre, et interpelle un serveur d'un signe de la main. Ma chemise blanche irradie sous la lumière ultraviolette, et fait de moi un néon humain. Je lance un sourire provocateur à Lucien.
-C'est juste parce que t'es plus grand que moi, grogne-t-il.
J'attrape nos verres et le laisse payer. Il me demande ensuite si ça me plairait d'aller m'installer au carré VIP. Il me désigne un coin de la boîte où sont disposés quelques canapés, accessibles à tout le monde. Je prends sur moi pour ne pas faire de sarcasmes, car le nouveau moi est plus tolérant.
Nous allons nous installer sur un canapé, et instantanément Lucien commence à me désigner des filles qui dansent en me demandant laquelle m'intéresse. J'avale une gorgée de bière dégueulasse en temporisant ma réponse. Je suis sauvé par un homme qui vient s'assoir à côté de nous pour prendre des nouvelles de Lucien, et réclamer un quad qui devait semble-t-il arriver aujourd'hui. Mon réalisateur le congédie poliment, en lui demandant de repasser plus tard dans la soirée.
-C'était qui ? je demande une fois que l'homme est parti.
-Un cousin. T'as l'air triste, ma poule.
-J'ai perdu mes pouvoirs. Avant je pouvais faire du deltaplane avec un manteau, ou me téléporter. Je pouvais même visiter des mondes parallèles. Maintenant je suis comme tout le monde.
-C'est pas ce que tu voulais ?
Il sourit avec bienveillance, et nous buvons nos bières en regardant quelques filles frotter leurs culs par terre. Il se sent obligé d'ajouter « Bienvenue dans la vie d'adulte », probablement pour faire un bon mot. Et le pire c'est que je ne trouve rien à y redire.
Ce serait prétentieux d'avoir peur de la normalité. Je déteste les gens comme ça. Il faut être abruti pour vouloir être différent des autres.
Je me lève pour aller danser. Je vais me mêler à la foule et fais semblant de connaître les paroles de la chanson qui passe. Je me surprends à pousser des cris inutiles et à sourire pour faire plaisir aux autres.
J'essaye de toutes mes forces de rentrer en transe. Je tente de suivre ce rythme mystérieux et de ne pas me cogner contre les autres danseurs. À vrai dire je ne suis pas très doué.
Lucien vient me rejoindre, hilare. Il me montre quelques pas, et capte immédiatement l'attention autour de lui. Il m'encourage en tapant des mains, avant de retomber dans un fou-rire.
-Comment tu veux être normal si tu bouges comme ça, ma poule ?
J'essaye encore plus fort. La musique reste à apprivoiser, mais je suis patient et je n'ai rien de mieux à faire. Je l'aurai à l'usure.
Et pour commencer je frotte mon cul par terre.

La rue est chaude et compacte. Les murs de la boîte grondent et semblent prêts à s'écrouler sous le poids de la musique.
Je fume normalement. Je songe à tenter à nouveau d'arrêter. Si je le fais je vais encore devenir irascible.
J'observe Lucien de loin. Il explique à son cousin comment se servir du quad posé devant eux. L'engin est neuf et étincelle dans la nuit. Je n'arrive cependant pas à m'y intéresser.
Les gens fument autour de moi avec calme. Si j'arrête je pourrai dire adieu à ces moments de repos au milieu des soirées trop bruyantes. Mais peut-être que le nouveau moi aime le bruit.
Je pose les yeux sur une poubelle de l'autre côté de la rue, et décide de tester mes pouvoirs. Je me convaincs que si je la fixe suffisamment longtemps j'arriverai à lui faire prendre feu. Mon cerveau se met à bouillonner, et inconscient du ridicule de la situation, je tends la main pour mieux diriger l'énergie.
Le sang vient chatouiller l'intérieur de mes doigts crispés, et je jurerai que la poubelle chauffe un peu. J'aperçois du coin de l'œil le cousin de Lucien qui l'interroge du regard à mon sujet, et ce dernier qui lui répond par un geste qui veut certainement dire que je suis un peu allumé.
Un homme ivre vient uriner contre ma poubelle, que j'aurais juré prête à s'enflammer. J'abandonne pour cette fois, mais bizarrement je ne m'avoue pas vaincu. Mes pouvoirs sont plus subtils que ça. Il agissent sur le cours même des choses.
Par exemple, la scène du mec qui fume tout seul à la sortie d'une boîte manque de rebondissements. Un personnage va certainement faire son apparition, et bouleverser le héros.
Je fixe intensément le bout de la rue, m'attendant à voir débarquer Roger ou Martine au tournant. J'espère que ce sera Martine. Peut-être qu'en me concentrant suffisamment...
Je finis ma cigarette sans que personne n'ai montré le bout de son nez. J'essaye, putain, je fais que ça. Mais la rue reste vide et mes forces s'amenuisent, qu'est-ce que j'y peux ?
Je ferme les yeux pour aller me reposer quelques secondes dans mon monde intérieur. Mais rien n'apparaît, ni gobelin ni chevalier. Je suis seul et sans inspiration. Plus rien de dingue ne peut arriver maintenant.
Le cousin de Lucien passe lentement devant moi en chevauchant son quad rutilant. Son allure est lente et zigzaguante. Il répète sans cesse « Oh putain » en tentant de garder son guidon droit. Pourtant je pourrais le dépasser en marchant un peu vite.
Lentement mais surement, il va encastrer son véhicule dans un panneau de signalisation, se hurlant à lui-même de freiner, sans succès. Le moteur du quad s'arrête après avoir reçu le choc. Lucien va rejoindre son cousin d'un air atterré.
-Putain, Selym, dit-il, C'est quand même pas compliqué de savoir où on va.
Parle pour toi. Moi je suis vulnérable avec cette putain de chemise blanche. Si le danger arrive, je ne pourrai sans doute pas m'en dépêtrer comme avant. Pas comme avec un manteau indestructible et un peu d'inspiration.
La vraie vie est plus coriace qu'un écrivain peut l'imaginer. Elle est moins drôle aussi.


Note : Évite de parler de « frotter son cul par terre »

Prochainement : Roger cherche l'imprévu
 
Annuaire Miwim Annuaire blog Blog Paperblog : Les meilleurs actualités issues des blogs visiter l'annuaire blog gratuit Blog Annuaire litterature Blogs Annuaire blogs Blog Annuaire litterature Annuaire de blogs Littérature sur Annuaire Tous les Blogs Blogs / Annuaire de Blogs Annuaire Webmaster g1blog Annuaire blog Rechercher rechercher sur internet plus de visites Moteur Recherche annuaire blog Référencement Gratuit Littérature sur Annuaire Koxin-L Annuaire BlogVirgule Annuaire Net Liens - L'annuaire Internet Annuaire de blogs quoi2neuf Vols Pas Chers Forum musculation hotel pas cher Watch my blog ExploseBlogs Liens Blogs Livres

Ce site est listé dans la catégorie Littérature : Atelier d'écriture en ligne de l'annuaire Seminaire referencement Duffez et Définitions Dicodunet

Votez pour ce site au Weborama