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17 août 2010
48. Vincent dramatise
Pousse ta brouette, abruti. Mets un pied devant l’autre, et ne t’encombre pas de réflexions sur toi ou ta place dans le monde. La route est encore longue jusqu’aux quatre royaumes de Ragnar, et encore plus jusqu’au Valhalla.
Je raconte n’importe quoi. Chaque jour sera d’or, mais pour l’instant chaque jour je suis un peu plus givré. Je suis à peine conscient de ce que je fais.
Irving Rutherford est en train de me bouffer, je le sais bien. Même à distance, il draine mes forces vitales, et ma raison avec. Je suis de moins en moins cohérent dans les histoires que je raconte. De temps en temps, un éclair de lucidité me fait me dire que j’ai imaginé la mort de Xavier, parce que les magazines de psychologie n’ont jamais tué personne.
-Toi qui avais déjà eu du mal à te faire à la mort de Roger, compatit Vincent.
-Roger n’est pas mort, dis-je, irrité. Il est retourné dans son époque, je te l’ai déjà dit.
Vincent secoue la tête d’un air las, et je vois des larmes de dépit pointer aux coins de ses yeux lorsqu’il les pose sur moi. Il détourne la tête pour ne pas avoir à contempler plus longtemps le spectacle de mon départ au large.
J’ai largué les amarres il y a longtemps déjà. J’attendais simplement qu’une bourrasque m’emmène au loin.
Pousse ta brouette, pousse ta brouette, pousse ta brouette. Le chemin qui mène au Valhalla est court, et au bout attendent la gloire, les femmes, et l’alcool artisanal à boire dans le crâne de tes ennemis. Irving Rutherford crèvera la gueule ouverte et tu pourras chier dedans.
Brusquement, une palpitation au cœur m’oblige à m’arrêter de marcher. Ma vision est troublée par des mouches obscures, et je sens assailli par la pluie qui dégringole et la certitude que je ne serai jamais un homme meilleur.
Vincent me rattrape par les épaules pour m’empêcher de tomber. Il se demande à voix haute comment il s’est retrouvé à escorter le porteur de l’anneau. Il me fait asseoir sur le bord de la route, dans l’herbe froide et mouillée.
Une bruine continuelle nous assaille depuis que nous avons abandonné la voiture, qui est tombée à court d’essence. Elle est insidieuse et persistante, et cherche à nous prouver que l’été est bel et bien fini.
Pour ne rien arranger, Vincent m’a refilé le sac le plus lourd. Quand j’ai proposé de laisser nos affaires dans la voiture, il n’a rien répondu, mais m’a fourré ce gros sac de sport entre les mains. Depuis quelques temps, chaque mot que je prononce est un mot qui me rapproche un peu plus du moment où il va m’assommer et me jeter dans un fossé, pour m’abandonner à la pluie diffuse qui me noiera calmement.
Selon les dires du moustachu, Paris n’est qu’à une bonne journée de marche. Je prie chaque seconde d’arriver à temps pour Ragnarök.
Je me relève, et nous poursuivons notre route. Vincent prend la tête, et pendant une bonne heure ne se retourne même pas vers moi. Je suis tellement trempé que j’ai l’impression de marcher dans des flaques à chaque pas. Et le bruit de mes baskets mouillées semble irriter encore plus mon ami, dont je vois les épaules se raidir progressivement.
Au loin, j’entends les cris d’Irving. Il me parle du futur diabolique qu’il est en train de mettre en place, et remet en question mon existence à moi. Je trouve quand même que c’est un comble pour un jumeau maléfique. Lorsqu’il me rétorque « C’est toi le jumeau maléfique », je lui hurle que je vais le donner à manger aux rats, ce qui fait sursauter Vincent.
Il se retourne vers moi avec rage et tristesse, sûrement furieux que ce soit Xavier qui s'en soit allé et pas moi.
-T'es un putain de givré ! me crie-t-il.
-Je fais ce que je peux.
-J'en ai marre de te ménager.
-Moi je vais te ménager la gueule, tu vas voir.
Il fait un pas vers moi, poings crispés, puis s'arrête. Si nous ne nous battons pas ici et maintenant, je ne donne pas cher de notre amitié. C'est un moment crucial que nous vivons, mais mon ami ne semble pas s'en rendre compte.
Il avance vers moi, et viens coller son visage à quelques centimètres du mien. Les muscles de sa mâchoire sont agités de tressautements, et je m'attendrais presque à voir de la fumée sortir de ses oreilles. Je réalise que maintenant, avec l'entraînement que j'ai reçu de Xavier, je pourrais sans doute envoyer le moustachu au tapis.
La pluie nous oblige à cligner des yeux sans arrêt. J'ai mal partout avant même que le combat soit commencé. Le plus dur c'est de ne pas frissonner dans mes vêtements trempés, et de ne pas songer à cette amitié qui s'enfuit.
Vincent ferme les yeux et hausse les épaules. Un fantôme de ninja plane au dessus de nous, et ne partira pas facilement. Le chagrin du deuil nous ronge pire que la pluie ou la colère.
-On réglera ça plus tard, soupire-t-il.
Et il reprend son chemin, à la tête de notre petite procession. Il fait comme si la route l'appelait, marche comme un héros romantique. Il est encore temps pour moi de le rattraper et de lui casser la gueule, pour sauver ce qui reste à sauver.
Je me remets en route. Nous traversons la campagne sinueuse et grise, d'une monotonie sans égal. Au bout de quelques heures nous croisons un homme à vélo allant en sens inverse, et Vincent en profite pour lui soutirer une cigarette.
Puis nous entrons sur l'autoroute, vide et glissante, et le le reflet que me renvoie le bitume mouillé est encore une fois celui d'Irving Rutherford. Plusieurs fois ensuite nous croisons à contresens des gens à vélo ou à pied. Vincent réussit même à négocier un peu de pain contre une paire de lacets.
Nous nous asseyons sur la rampe pour une pause pique-nique. Le pain est mou à force d'avoir traîné sous la pluie. Devant nos yeux, le nombre de passants fuyant la capitale augmente à vue d'œil.
-Ça t'étonne ? me demande Vincent.
Je vais me renseigner auprès d'une vieille femme, qui se contente de répondre « C'est grave la merde là-bas ». Ça me suffit. Je vais transmettre l'information à Vincent, qui opine calmement du chef avant de s'élancer lentement sur la route.
Je le suis, un peu moins sûr de moi à chaque enjambée. Le bitume est glissant et je manque plusieurs fois de m'étaler. A vrai dire je ne sais même pas pourquoi je reviens à Paris.
J'ai écrit un roman, créé un jumeau maléfique, cessé d'écrire. Maintenant je dois cesser d'avoir un jumeau maléfique. Un de mes amis est mort, l'autre n'est plus mon ami. Je vis dans un monde imaginaire, et l'instant d'après je suis en panne d'inspiration.
La France me fait peur parfois. J'ai l'impression de ne jamais arriver à l'envisager dans sa globalité. Mais au final je suis comme tout le monde, et j'ai quand même bien envie de tout péter. Même si je n'ai aucune idée de ce qui peut se passer ensuite.
Le vrai futur est mort, fini. Il s'en est allé avec Roger dans un déluge d'électricité. Je voudrais bien prévoir plus d'un jour à l'avance, mais il y a trop de variables et je suis pas assez intelligent.
J'ai écrit mon dernier roman, il parle de ce chevalier un peu stupide qui fonce dans le tas sans aucune stratégie. Quand tout ça sera fini, et que je me serai débarrassé d'Irving Rutherford (et que j'aurai sauvé mon pays par la même occasion), j'essayerai de le faire lire, et je suis certain que ça me redonnera confiance en moi.
Ce que je suis ?
Je fais partie de la grande armée des perdants, avec mes cicatrices, mon diplôme (non-officiel) d'écrivain-guerrier, mon manque d'ambition et la sale manie que j'ai de toujours rater tout ce que j'entreprends. C'est petit à petit que les choses s'améliorent. Un jour nous gagnerons, et c'est pour ça peut-être que je reviens à Paris.
Je n'ai qu'à claquer des doigts pour que la pluie s'arrête. Vincent dira sûrement qu'il s'agit d'une coïncidence. Je savoure quelques secondes le retour du soleil sur mon visage, sans faire attention aux gens qui passent autour de nous par dizaines.
Le moustachu me secoue l'épaule pour me faire réagir. Il me désigne du doigt la capitale à l'horizon, qui brûle et qui explose. Plusieurs avions se relaient pour la survoler, larguant leurs bombes au passage. La ville est encore loin, et aucun bruit ne parvient jusqu'à nous. C'est comme un feu d'artifice inaccessible, trop éloigné pour provoquer une réelle émotion. Je peux simplement constater que la file de réfugiés grandit de secondes en secondes.
C'est déjà Ragnarök.
-On va mourir, m'informe Vincent.
Note : Références à la mythologie trop appuyées
Prochainement : Martine au mauvais moment
27 juillet 2010
45. Roger nous dit adieu
« Vous appréhendez les échecs avec philosophie »
Xavier me dit que ce résultat c'est bien la preuve que ce magazine est un gigantesque foutage de gueule, et que je ferais mieux de m'en tenir là. Mais un nouveau test « Qu'est-ce qui vous motive vraiment ? » attire mon regard, et malgré moi je me remets à cocher des cases frénétiquement.
J'ai passé une bonne partie de la matinée sur ce supplément de l'été qui date de quelques années, et maintenant je sais que ma couleur est le vert, que je dois améliorer mon quotient émotionnel, et que je suis un acheteur compulsif.
Je frotte ma barbe sous l'œil critique de Xavier. Il me demande s'il n'y a pas un test qui s'intitule « Savez-vous vous reprendre en main », et j'évite de lui répondre qu'il a vu juste, mais que c'est un test que je ne ferai pas.
Après avoir découvert que je suis motivé par le besoin de sécurité, je pose le magazine et propose à Xavier une petite séance d'entraînement dehors. Nous sortons dans le jardin, et je me fais la remarque que le potager a meilleure allure à chaque fois que je le vois. Après nous être équipés de barres de fer, mon ami m'oblige à faire une sorte de salut rituel dont je n'ai toujours pas compris s'il est de son invention ou traditionnel.
-En garde !
-Si tu le dis.
Il attaque fort dès le départ, sans doute pour me faire rentrer dans le combat plus vite. Je repousse plusieurs assauts avec calme, et il décide d'accélérer le rythme. Nous armes s'entrechoquent dans un fracas métallique, mais je ne cède pas de terrain.
Xavier prépare son départ et veut parachever mon entraînement, je le sais. Je tente un feinte par le côté, qu'il repousse in extremis avec un juron amusé. Il fait tournoyer sa barre de fer au dessus de sa tête et l'abat dans ma direction. Je pare le coup et la violence du choc me fait trembler jusqu'aux épaules.
Je le pousse d'un coup de pied pour reprendre mes esprits. Il se déplace sur le côté et tente de me toucher aux côtes, mais j'esquive en reculant. Il me rappelle de ne pas marcher sur le potager.
« Vous êtes d'une nature combative »
Cette fois c'est moi qui attaque fort. Je rentre dans une frénésie guerrière, l'acculant pour ne pas lui laisser le temps d'élaborer de stratégie. Dans un effort imbécile, il essaye de placer une attaque frontale, et j'attrape d'une main sa barre de fer, tandis que de l'autre je le frappe au visage avec la mienne.
Un son creux et mat résonne, et Xavier pousse un cri haineux. Il m'arrache son arme, et me fauche les jambes pour me faire chuter. Mon dos vient heurter le sol, et j'ai juste le temps de voir le pied de mon entraîneur s'abattre sur ma poitrine.
C'est comme si l'air était chassé de mes poumons, et avec lui quelques organes vitaux. Je reste quelques secondes incapable de respirer, avec la vision trouble de Xavier penché sur moi, un hématome violet gonflant à vue d'œil au niveau de la pommette.
Il me sourit quand je recommence à respirer péniblement, et m'explique que nous ne combattrons sans doute jamais plus. Mais je sais qu'il a peur maintenant qu'il a compris que j'arrivais à rendre les coups.
La vision toujours trouble, je vois le visage de mon ami se déformer, prendre des teintes et des formes saugrenues, jusqu'à me révéler sa vraie nature. Sa peau est translucide, et laisse voir un crâne d'une blancheur qui me fait froid dans le dos. Ses mâchoires se mettent à bouger, et émettent des sons qui ressemblent à des râles plaintifs, à des cris de corbeaux. Puis elles deviennent des paroles, et il me faut quelques secondes pour arriver à intégrer ce que le squelette vient de me dire :
-Ça c'est fait. Maintenant il faut qu'on parle de la mort de Roger.
Un peu retourné par la discussion que je viens d'avoir, je quitte la maison de ma mère, pensant aller faire une petite balade, pourquoi pas même aller rendre visite à mon père. Dans l'allée je croise ma petite sœur qui court après un chat en l'appelant avec une voix douce. Je lui demande si c'est pour le manger.
-T'es trop con, me répond-elle.
Je pousse à travers les pavillons de banlieue, qui se ressemblent mais que je connais par cœur. Sans voitures, le quartier paraît encore plus abandonné qu'à l'accoutumée. En vérité je cherche quelqu'un qui tarde à arriver.
« Vous n'aimez pas attendre trop longtemps »
Au bout de la rue, deux gamins sont en train de trafiquer un baril de désherbant. En m'approchant d'eux, il baissent la voix sans cesser leur manège. Quand je leur demande ce qu'ils construisent, l'un d'eux, le plus âgé, lâche « une bombe » sans lever les yeux vers moi.
Une sorte de yéti vêtu d'un vieux pardessus sort d'une haie de jardin en poussant un hurlement guttural. Il fonce sur les deux gosses, qui s'enfuient en appelant à l'aide. Il crache par terre, se mouche dans ses doigts, et grogne une phrase incompréhensible. Sa barbe et ses longs cheveux sont parsemés de brindilles et de graisse.
-Roger, dis-je...
Pour toute réponse, il râle en borborygmes en se rendant compte que la bombe artisanale est plus lourde qu'il se l'imaginait. Il lève le bidon au dessus de sa tête, et me crie qu'il va tout faire péter.
-Tu es venu m'annoncer que tu retournes dans ton époque, dis-je calmement.
-Pas du tout.
-Je te comprends.
-Je vais t'exploser la gueule, à toi et ton monde de merde.
Il se mouche une nouvelle fois dans ses doigts. Son regard est chargée d'une folie peu commune, mais je ne m'en soucie pas vraiment. Des petits éclairs bleus commencent à l'entourer, et nous parlent de ces temps futurs où tout va mal.
Roger remarque lui aussi les arcs électriques annonciateurs. Il se met à pleurer doucement, bavant et tapant du pied. Il jette le baril de désherbant par terre, dans un dernier effort désespéré, espérant sans doute que ce dernier explose.
-Au revoir Roger. Tu as pris la bonne décision.
-Je l'ai pas décidé, sanglote-t-il. Tu comprends pas que si tu fais rien ce sont les autres qui vont gagner...
-Qui ça ?
L'électricité commence à crépiter autour de lui, comme une crécelle. Il semble réfléchir à sa réponse, mais abandonne très vite pour se contenter de « Les gauchistes. ». Mon esprit va dans tous les sens, tandis que Roger se fait happer par sa propre époque. Un vortex le recouvre, aspirant l'électricité avec lui, et tous les réverbères de la rue, pourtant éteints, explosent. Le vortex se contracte sur lui-même et subitement il n'y a plus rien ni personne.
« Vous avez du mal à accepter la réalité »
Certainement un des plus gros connards que j'aie jamais rencontré. Je ramasse le bidon de désherbant, pour ne pas que les gamins viennent le rechercher. Je l'abandonne quelques centaines de mètres plus loin, dans le jardin d'un pavillon que je sais abandonné. Et bizarrement, en me délestant de la bombe artisanale, je me sens plus léger pour de vrai.
Je marche jusqu'à chez mon père en flottant sur les trottoirs, et le trouve dans le jardin comme de coutume, en train de s'affairer sur son barbecue. Je lui demande ce qu'il prépare et il m'adresse un clin d'œil.
-Un chat que j'ai trouvé, me chuchote-t-il. Le dis pas à ton frère.
À mon retour la maison est endormie. Vincent dort sur le canapé devant un menu DVD qui tourne en boucle, et grommelle lorsque j'éteins la télé, arguant qu'il veut regarder la fin de son film, avant de retourner au sommeil aussi sec.
Je monte les escaliers jusqu'à ma chambre, et trouve sur mon lit le magazine de tests psychologiques. J'en fais quelques uns pour me changer les idées, allant de « Êtes-vous un vrai gentil ? » à « Êtes-vous stressé au travail ? ».
Puis, le magazine à la main, je me rends silencieusement jusqu'à la chambre de Xavier. Il a des ronflements sonores et je vois toujours son crâne à travers la peau de son visage. Hormis les bruits irritants qu'il produit, mon ami a déjà tout d'un cadavre.
Lentement, j'approche mon magazine de sa bouche, et commence à faire des va-et-viens vers son visage en me calant sur sa respiration. Je reste immobile, ne bougeant que la main, pendant vingt bonnes minutes.
« Vous n'êtes pas le dixième de ce que vous voudriez être »
On prend des décisions, c'est tout ce qu'on fait. Moi en tout cas. Et lorsque je retire le magazine, c'est comme si je mourrais un peu.
Note : Attention aux nouveaux lecteurs
Prochainement : Vincent s'impatiente
8 juin 2010
38. Xavier ne sait pas ce qu'il rate
« Tu sais, je pense que je vais arrêter d'écrire ce roman que j'ai commencé. Il n'est pas vraiment bon, et il me prend beaucoup trop de temps. Je crois que j'ai envie d'essayer la peinture, aussi, peut-être de voyager un peu.
Je voudrais faire autre chose que de glander devant mon ordinateur en attendant d'avoir quelque chose à raconter qui soit intéressant. J'en ai marre de passer des heures sans rien trouver, et quand les idées viennent de repousser sans cesse le moment de les coucher sur le papier de peur qu'elles deviennent mauvaises si je les raconte mal.
Les histoires de chevalier n'intéressent pas grand monde, et moi-même je commence à m'en lasser. J'ai l'impression de passer tout mon temps à arracher chaque ligne de texte de ma tête, parce que fondamentalement j'ai pas envie d'écrire. Je commence à m'avouer que je ferais peut-être mieux de ne rien faire.
Je vais mieux. Je respire normalement maintenant, et je n'aurai pas de séquelles à part un tatouage amoché. Je voudrais que tu sois là tout le temps. Je suis moins con quand t'es là. »
Je plie la lettre pour Martine et la range dans ma poche. Je me demande un instant si je n'en fais pas un peu trop, et si elle ne risque pas de s'inquiéter. Mais je ne pouvais décemment pas lui dire que j'écris moins depuis que mes amis et moi avons récupéré une télévision.
Xavier me fait signe du canapé que le feuilleton hollandais incompréhensible que nous adorons va bientôt commencer. J'hésite un instant à le rejoindre, mais après un coup d'œil par la fenêtre, je remarque que le soleil est déjà bas dans le ciel.
Et je commence à comprendre qu'il fait pas bon se balader la nuit en ce moment. J'enfile une veste, surpris par ma propre stupidité. La chaleur ces derniers jours atteint des summums de méchanceté et la nuit n'offre qu'un répit de façade.
Vincent est encore plus stupide que moi. Il vient chercher un épais sweat à capuche sur un dossier de chaise, et enfile un manteau en velours par dessus. Quand je lui demande s'il est malade, il me répond que contrairement à moi il préfère garder un certain style.
Il s'allume une cigarette et m'en tend une, que je refuse. Mes poumons sont encore douloureux, et fumer est devenu pour moi un supplice. Apercevant ma veste, il me questionne sur ma destination, qui s'avère être proche de la sienne.
-Tu vas où ? je demande.
-Au réapprovisionnement. Tu vas m'aider à porter des trucs.
J'ai la sensation que c'est un honneur qu'il me fait de me montrer son monde. Qu'en démystifiant la source de toute cette nourriture qu'il rapporte, il me témoigne plus de confiance que jamais. Mais en réalité il doit certainement avoir des trucs lourds à ramener.
Je propose à Xavier de nous accompagner, pour se dégourdir les jambes. Il refuse en secouant la tête imperceptiblement, suspendu aux lèvres d'un acteur hollandais qui entame un monologue les larmes aux yeux.
-Je crois qu'il vient de tout perdre, commente-t-il.
Vincent et moi sortons de l'appartement, et Xavier nous hurle de ramener des plantes aromatiques pour agrémenter les kilos de pâtes qui constituent la base de notre alimentation. Une fois dans la rue, privés de la fraicheur de l'immeuble, le moustachu marque une pause de quelques secondes, comme un palier de décompression. Puis il m'emmène à travers la capitale, vers une destination connue de lui seul.
Nous marchons jusqu'à un quartier excentré proche de celui de Martine. Vincent semble aux aguets et scrute les rares personnes que nous croisons d'un œil suspicieux. Quand un adolescent vient nous demander des cigarettes, j'ai comme l'impression qu'il s'apprête à le frapper.
-Les gens te prendront tout, maugrée Vincent un fois qu'il a chassé l'importun.
Il m'emmène jusqu'au pied d'un immeuble, et insiste pour que je ne parle pas une fois que nous pénétrons à l'intérieur. Il m'explique que ce qui va suivre concerne les grandes personnes.
-Alors pourquoi c'est toi qui t'en charges ?
-Ta gueule.
Nous montons les escaliers, et croisons plusieurs hommes qui descendent précipitamment, tous armés, portant des cartons ou des sacs de sport. Je peux voir au regard de Vincent que c'est inhabituel même pour lui. Arrivés au dernier étage, le moustachu frappe à une porte, et je peux entendre des jurons proférés de l'autre côté. Un homme vient nous ouvrir, l'œil vif et paniqué, un sac vide dans les mains.
Reconnaissant Vincent, son visage se détend un peu, et il nous fait signe d'entrer. Immédiatement, il commence à remplir son sac avec tout ce qu'il trouve sous la main : Boîtes de conserve, papier toilette, boîtes de munitions...
-C'est pas le moment, crie-t-il à 'adresse de Vincent.
Un des hommes que nous avons vu descendre fait irruption dans l'appartement, attrape deux jerrycans certainement remplis d'essence, et retourne dévaler les escaliers. La pièce est jonchée d'objets divers, et je serais bien incapable de savoir moi-même quoi emmener en premier.
L'épicier de Vincent tente de clarifier la situation tout en faisant ses bagages, mais ses paroles sont incompréhensibles. Ses mains tremblent tellement qu'il lâche un objet sur deux.
-Ils passent au niveau supérieur, geint-il. Je crois qu'ils en ont vraiment marre.
Vincent lui demande de se calmer, en vain. Un autre homme vient chercher le sac fraîchement rempli, et annonce que c'est le dernier voyage parce que l'heure tourne et que ça devient vraiment trop risqué de rester ici.
Comme pour confirmer ses affirmations, un bruit assourdissant retentit dehors. Un bruit qui me rappelle une explosion de roquette à laquelle j'ai assisté, mais en plus grandiose. J'ai la sensation que le sol tremble pendant quelques secondes. Vincent et l'homme se précipitent à la fenêtre, tandis que je reste figé sur place, incapable de bouger, ressentant chaque vibration dans l'air et attendant de voir où elles me mènent.
Sans que je comprenne pourquoi, Vincent demande à son acolyte si le quartier abrite un nid de révolutionnaires. L'homme hoche la tête d'un air grave.
-Qu'est-ce que tu crois ? rétorque-t-il. Ici c'est le seul endroit où tu peux vivre bien. On les soutient, c'est notre manière de changer des choses.
Le moustachu hurle « Bordel de merde », et m'attrape par le bras pour m'entraîner dans l'escalier. Je descends les marches quatre à quatre, guidés par l'instinct de survie, dans l'ignorance du danger qui me menace.
J'entends une deuxième détonation démentielle dehors, plus proche cette fois. Elle est si forte qu'elle couvre les jurons nerveux que beugle l'épicier derrière nous. Vincent crie lui aussi, mais je pense que ce sont des ordres destinés à notre survie. J'ai envie de lui demander ce qu'il propose concrètement à part courir se mettre à l'abri.
Nous débouchons dans la rue, et découvrons une foule en proie à la folie. Deux immeubles riverains sont déjà démolis, et un avion passe au dessus de nos têtes à une vitesse inimaginable, pour aller larguer une troisième bombe un peu plus loin, qui fait voler en éclat plusieurs bâtiments.
Certaines personnes tirent à coups de revolver en direction de l'avion, pensant réellement l'abattre, ou cherchant à évacuer leur rage et leur frustration. Les gens sont des centaines dans la rue, chose que je n'ai pas vue depuis des mois. En fait, je pensais même que tout le monde avait déserté Paris.
Des hommes armés de mitraillettes, presque tous barbus et hirsutes, exhortent la population à évacuer le quartier rapidement. Facile à dire. Comme pour se moquer de nous qui avons si peur, deux avions supplémentaires viennent bombarder les immeubles autour de nous, faisant pleuvoir un déluge de briques sur la foule.
Vincent reçoit un petit gravât qui lui ouvre le front. Son épicier n'a pas cette chance, prenant de plein fouet un amas de briques cimentées qui lui écrase le crâne sous nos yeux. Ma poitrine me brûle, et j'ai l'impression que je vais arracher mes points de suture simplement en respirant.
Autour de nous, tout n'est que cris et larmes. Complètement sonné, j'essaye de ne pas regarder les cadavres autour de moi, parmi lesquels se trouvent plusieurs enfants. Mes oreilles sifflent tellement que j'entends la nouvelle bombe comme si elle explosait dans l'eau. Cette fois-ci, elle détruit l'immeuble dans lequel Vincent et moi nous trouvions il y a encore quelques minutes.
Je sais pas si les choses changeront un jour. On est plus nombreux, mais on arrive jamais à rien. On est l'armée des perdants, on se bat avec des nunchakus contre des tanks. On survit dans l'espoir de pouvoir au moins égratigner ceux qui bousillent notre existence.
Vincent et moi nous hurlons des choses que nous ne comprenons ni l'un ni l'autre. Il finit par pointer une direction avec son doigt, et nous la suivons en courant, dépassant les autres fuyards. Nous continuons de courir bien après avoir quitté le quartier bombardé.
Quand nous nous arrêtons pour reprendre notre souffle, je remarque que ma blessure saigne à nouveau. Je convaincs Vincent de me laisser regarder l'entaille sur son front, et il se laisse faire à contrecœur.
-J'ai rien, bouillonne-t-il. C'est bourré de morts là-bas.
-J'ai vu des mecs filmer avec leurs portables. Ça va passer à la télé, partout. On va nous envoyer de l'aide.
Il ne répond rien, mais me dévisage comme si je venais d'une autre planète. Nous rentrons sans dire un mot de plus, et j'ai pourtant l'impression que c'est le trajet le plus court de ma vie.
Une fois dans l'appartement, je découvre Xavier endormi sur le canapé, devant la télévision qui diffuse les cours de la bourse en portugais. Je réalise qu'il fait maintenant nuit noire, et j'essaye de deviner combien d'heures se sont écoulées depuis notre départ. Vincent se laisse tomber dans un fauteuil, et le bruit réveille Xavier. Je lui demande la télécommande, qu'il refuse de me donner.
-Vous vous êtes pété le cul en cachette ? demande-t-il. Vous avez mis des plombes.
-Zappe sur les chaînes d'information. Tout de suite.
Le regard déterminé que je lui lance suffit à le convaincre, sans doute parce qu'il vient de se réveiller. Il bascule sur une chaîne anglaise, où nous découvrons un présentateur à l'air bienveillant qui parle d'un prochain sommet quelconque de chefs d'États. Vincent ne daigne même pas poser les yeux sur le poste.
Xavier enchaîne avec le journal espagnol, qui fait le portrait d'un joueur de foot. Vincent se lève de son fauteuil, et se dirige vers sa chambre d'un pas traînant. Xavier m'interroge du regard mais je ne décroche pas de la télévision.
Le journal belge passe en revue les grands titres, et s'attarde un peu sur les prochaines élections. Le point d'orgue des informations allemandes est la naissance d'un bébé panda.
J'ai besoin d'aide.
Note : Décrire plus
Prochainement : Irving est différent
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27 avril 2010
32. Xavier biffle
Joell s'étonne que nous ne sachions pas ce qu'est une biffle. Il se lance dans un monologue approximatif pour nous expliquer que c'est une pratique sexuelle beaucoup plus fréquente qu'on ne le croit, qui consiste à gifler quelqu'un, mais pas de n'importe quelle manière.
-Avec la bite, nous annonce-t-il fièrement.
Un sourire enfantin se dessine sur son visage buriné, et mes deux amis se retournent dans ma direction avec un regard accusateur. Je continue de faire des pompes pour ne pas avoir à justifier quoi que ce soit.
Joell, poursuit ses histoires de routier, et Vincent fait semblant de s'y intéresser. Xavier, lui, vient s'asseoir à côté de moi et m'observe terminer ma série d'exercices. Un peu déconcentré, je me rabats sur des abdominaux, en poussant de grands râles pour lui indiquer que ce n'est pas le meilleur moment pour une conversation.
-J'arrive pas à croire que tu mettes encore ce jogging, soupire-t-il.
Je reprends mon souffle quelques secondes, et recommence à faire des pompes malgré l'air atterré de Xavier. Je passerai la journée à faire de la musculation s'il le faut. Et ensuite je pourrai réfléchir à la meilleure façon de combattre.
Vincent, se dérobant aux déblatérations du routier suisse, me lance que ce que je fais est inutile, que je ne musclerai pas, et qu'il prend mon jogging comme une injure à tout ce qui est beau. Xavier lui fait remarquer qu'il a pris un peu de ventre, mais ce n'est pas pour me défendre. C'est juste que Xavier ne laisse pas de marge d'erreur, et c'est entre autres pour ça qu'il ne manquera pas une occasion de me rappeler que c'est moi qui ai ramené Joell à l'appartement.
-On le connaît pas, mec, me murmure-t-il.
-Il m'a aidé, alors je l'aide, dis-je en cessant mes pompes. C'est aussi simple que ça.
C'est nous les acharnés, ceux qui vivent au bord des précipices et qui luttent contre tout au risque de se tromper. Je souris à Xavier, qui me demande d'être moins niais. Et quand je recommence à faire des pompes, mes bras me lâchent et je cogne ma tête sur le sol, en nage.
Il n'y a personne pour toi ici. Tout joue contre toi et personne ne peut t'aider. C'est la même merde pour tout le monde, alors il faut lutter plus fort.
J'entends vaguement Joell demander à Vincent s'il est bien sûr que ce n'est pas lui qui écrit sur mon blog, étant donné qu'il est passé à la télé en se faisant passer pour moi. Le moustachu nie avec dédain, précisant que lui écrirait sans doute des textes moins convenus.
-On s'y perd, conclut le routier avec une voix sombre. Je n'arrive pas à comprendre qui est Irving Rutherford.
-Nous non plus, répond Vincent en me regardant reprendre mon souffle.
Ça fait bien quelques heures que j'ai cessé mes exercices, et mes mains tremblent encore. Mais c'est sans doute parce que Xavier risque de me plumer sur ce coup là. Il me relance de quelques jetons verts dont j'ai oublié la valeur, et tire une longue bouffée sur sa cigarette d'un air théâtral. Vincent regarde ses cartes, et colle aux jetons de Xavier, en plissant les yeux avec le même air théâtral. Le pire c'est que ça marche parce que je me couche.
Joell sue vraiment beaucoup. Il contemple la pile de jetons verts sur la table comme si elle recélait des mystères cachés. J'ai envie de lui dire que de toute manière l'argent n'a aucune valeur à l'heure qu'il est.
Vincent fait une blague sur les suisses, pensant le mettre à l'aise. Joell se caresse doucement le ventre, et Xavier fait à son tour une blague sur la constipation. J'explique au routier pour le rassurer qu'on s'en envoie dans la gueule toute la journée, que c'est comme ça qu'on fonctionne, et que si on fait ça avec lui c'est qu'on l'aime bien.
-Sauf lui, corrige Xavier en me désignant. Lui on l'aime pas.
Je gratifie mon ami d'un doigt d'honneur, et encourage Joell à jouer. Celui-ci regarde sa montre, comme pour savoir combien de temps il s'accorde encore pour réfléchir. Des gouttes de sueur supplémentaires dégoulinent sur son front, qui est déjà encombré.
-C'est le jeu mec, s'impatiente Vincent.
-C'est bientôt fini, murmure Joell.
Le moustachu lève un sourcil, et m'interroge du regard. Je hausse les épaules pendant que Joell pousse ses cartes devant lui, en regardant sa montre. Il compte à voix basse, en secouant la tête comme pour nier l'évidence du temps qui passe.
« Je vais pas pouvoir », se met-il à répéter à voix basse, comme une litanie. Je lui conseille de se calmer, et lui rappelle qu'il s'est couché à ce tour là et qu'il n'a plus de raison de flipper. Mais il continue à se frotter le ventre frénétiquement, et Xavier lève les yeux de la partie pour lui demander s'il a besoin de médicaments ou d'un bon verre.
Joell se lève d'un bond, renversant sa chaise. Il ,hurle « Je peux pas », et transfère une sorte de petit boitier qu'il cachait sous sa chemise pour le faire descendre dans son pantalon. Il chantonne « C'est le trésor précieux », avant de se plier en deux.
Le boitier qu'il a caché dans son pantalon explose, mais son corps fait barrage. La déflagration renverse les piles de jetons, et du sang vient éclabousser la table. Le suisse s'écroule dans un râle de douleur, se tenant l'entrejambe pour tenter de stopper les flots de sang qui en jaillissent.
Abasourdis, nous nous levons sans vraiment savoir quelle attitude adopter. La bombe n'était pas très puissante, mais mes oreilles sifflent et obscurcissent ma perception de la situation.
-Je suis désolé, agonise Joell. Ils m'ont forcé, je n'avais pas le choix.
Encore et toujours Irving Rutherford. Je savais en revenant à Paris que j'allais devoir lutter. Je ne m'imaginais pas que le combat serait aussi vicieux.
Joell pousse un dernier soupir en se cramponnant à son absence de parties génitales. Choqués et désemparés, nous assistons sans larmes à la mort de l'assassin qui a finalement changé d'avis. Parce que s'il y a bien une chose que Xavier a réussi à nous rentrer dans la tête, c'est que les gens n'ont jamais d'excuse.
Le sifflement de mes oreilles s'atténue, et mes bras tremblent moins. Je crois que le pire, c'est qu'on s'habitue à la violence.
Lentement, Xavier s'agenouille et se met à dégrafer sa braguette. Tel un mort-vivant, il colle une biffle sur le visage du routier, avec lassitude. Une étrange fatalité se dégage de la scène, qui ressemble plus à un passage obligé qu'à un accident de la vie.
Xavier range son sexe sans un mot. C'est nous les médiocres, ceux qui connaissent la misère et qui s'endurcissent pour y survivre. Nous nous défendons avec les moyens du bord, et la plupart du temps, nous comptons simplement sur la chance.
Je ne lésine pas sur le gros scotch, et fixe le plus solidement que je peux un manche à balai entre deux cheminées. Xavier, sans se retourner vers moi, me prévient que ça ne tiendra jamais. Vincent et lui s'allument des cigarettes en contemplant la capitale endormie. Le toit sur lequel nous sommes n'est pas très haut, mais on devine tout de même quelques immeubles en flammes vers le centre-ville. A vrai dire, maintenant que les lampadaires ne fonctionnent plus, on ne plus voit que ça.
Je finis ma petite installation, vidant le rouleau d'adhésif. Quelque chose dans l'attitude de mes amis me parle, malgré le fait qu'ils se tiennent dos à moi. Je distingue à leurs gestes calculés, et au calme avec lequel ils sont assis sur la corniche, les pieds ballants, que la cigarette fumée sur le toit est devenue une habitude. Et que malheureusement chaque jour ils ont un peu moins peur du vide.
J'attrape fermement le manche à balai, et commence une série de tractions. Les cheminées sont basses, et mes genoux touchent le sol à chaque fois que je descends. Au bout de la troisième remontée, ma barre d'entrainement artisanale se casse, et je fais une petite chute. Mais le toit n'est pas très en pente, et je me rattrape aisément à une autre cheminée.
Xavier ne fait aucun commentaire, mais Vincent a un sourire fatigué. Je vais m'asseoir à leur côté et m'allume une cigarette à mon tour, un peu craintif du vide.
La ville brûle paisiblement, et nous prenons un peu de hauteur. Les rues manquent de lumière, c'est sans doute pour cela que les gens allument des feus. Je me demande si notre président chie dans son froc dans un bunker à l'heure qu'il est.
J'essaye de teinter ce moment de mélancolie. Je cherche la poésie à tout prix, dans la nuit, dans le silence. Mais la vérité c'est que je vois moins de beauté autour de moi en ce moment. Et que je ne suis pas nostalgique de la France d'avant, mais alors vraiment pas.
Je me lève de la corniche, sentant qu'il est encore un peu tôt pour faire confiance au vide comme le font mes amis. Je fais quelques pas sur le toit, et shoote dans les débris du manche à balai, qui dégringolent du toit et vont s'écraser dans la rue déserte. En fait j'essaye de teinter ce moment de colère, à défaut de mélancolie.
-Je crois qu'on a une barre en métal pour tes tractions, me souffle Vincent l'air de rien.
-Je verrai ça demain. On rentre ?
Xavier et lui acquiescent silencieusement. Enveloppés par la nuit fraîche, nous restons quelques instants immobiles, refusant de nous soumettre à une décision que nous avons nous-même prise. Nous économisons chaque seconde qui nous sépare du retour à l'appartement, car nous savons ce qui nous y attend : Des responsabilités, une vie violente, et un cadavre sans parties génitales.
Note : Plus personne ne voudra te lire après ça
Prochainement : Vincent a du mal à porter les choses lourdes
11 novembre 2009
03. Xavier agent litteraire
Xavier est un putain d’enculé de sa mère. J’aurais dû le tuer quand j’en avais l’occasion.
Le téléphone n’en finit pas de sonner, et pourtant je ne décrocherai pas. Jamais. Je mets un point d’honneur à rompre l’engagement débile que j’ai pris avec mon soi-disant agent littéraire.
Mon téléphone cesse de sonner, et j’avale une grande gorgée de café en fixant la page blanche du traitement de texte de mon ordinateur. Je devrais écrire sur du papier comme un vrai écrivain.
Je peux pas écrire quand j’ai rien à dire, c’est pas possible. Il devrait le comprendre et cesser de me harceler. Je devrais pas m’énerver tout seul devant mon ordinateur à cause des délais imposés par ce connard, je devrais aller lire une bande dessinée, ou télécharger une de ces nouvelles séries américaines.
Je reçois un message de Xavier qui dit «Je savais pas que tu préférais juste jouer à l’écrivain». Je lance le téléphone contre le mur, et réalisant la stupidité de mon geste, je me précipite pour le ramasser et vérifier qu’il n’est pas cassé.
Franchement c’est pas une vie. J’ai autre chose à faire que de rester à contempler la page blanche virtuelle sur l’écran de l’ordinateur. C’est même pas impressionnant, une page blanche virtuelle.
Une douleur violente s’empare de mon ventre. J’essaye de l’ignorer, mais bientôt elle m’oblige à m’assoir. C’est pas possible de se mettre dans des états pareils. La douleur grimpe en flèche, et je presse mon estomac de mes deux mains pour tenter de contenir l’alien qui est en train de me bouffer.
Les spasmes me forcent maintenant à m’allonger par terre. Ma respiration s’accélère, et me reprendre paraît de plus en plus difficile. Je hurle «maman» parce qu’après réflexion c’est le seul truc sensé à faire. Mes tripes palpitent et la peau de mon ventre gonfle à vue d’œil.
Je tente péniblement de ramper jusqu’à la fenêtre, espérant avoir encore la force de l’ouvrir et de sauter pour abréger mes souffrances. S’il était là, Vincent dirait que je fais mon cinéma.
La douleur devient si forte que je ne trouve même plus la force de ramper, à peine celle de rouler sur le dos. Une certaine sérénité s’empare immédiatement de moi, car j’ai fini par comprendre ce qui se passe: Je vais exploser.
Je hurle de plus belle, comme un goret qu’on égorge. Pas le temps de faire évacuer l’immeuble, ni de rédiger un testament. Je vais emplir le quartier de tripes en fusion, dans une fulgurante déflagration de stress.
Si seulement je n’avais pas eu cette idée à la con d’accepter d’écrire pour un blog…
Mon ventre cède et le souffle de l’explosion fait voler mon corps en éclats. Mes membres volent aux quatre coins de la pièce, et ma tête est projetée si violemment contre le mur qu’elle le transperce. C’est juste avant que le souffle de l’explosion ne balaie l’appartement.
Dans la rue, un passant observe d’un œil circonspect mon immeuble se disperser en un feu d’artifice de briques, et ça lui rappelle les bouses de vaches qu’il faisait exploser avec des pétards étant enfant, mais en plus grand.
Putain de bouseux.
Je monte péniblement les escaliers, trempé par la pluie diluvienne qui s’abat dans la rue, et qui m’est tombé dessus juste pour me faire chier. Je récupère douloureusement depuis mon explosion, et chaque goutte qui s’est aplatie sur moi aura été un coup de marteau pour m’enfoncer un peu plus dans le trottoir. Mais maintenant je suis à l’abri.
Je frappe à la porte, et Xavier vient m’ouvrir.
-Je venais voir Vincent, dis-je.
Il sourit en m’annonçant que j’ai une sale gueule, avant de me faire rentrer. Je lui demande un café, et il me répond que je peux m’en faire un si j’ai le courage de toucher au paquet qui traîne sur l’étagère depuis deux ans. Je m’affale dans le canapé, tentant d’attirer l’attention ou la pitié. Xavier, lui, s’assoit à son ordinateur et se met à surfer sur internet, apparemment à la recherche du dernier épisode de son manga du moment.
Je soupire fort mais il fait mine de ne pas m’entendre. J’attrape une bande dessinée et tente de me concentrer pour la lire, en vain. Et puis je suis pas venu pour ça.
-Au fait, dis-je en tentant de paraître détendu, je crois pas que je vais te rendre de texte cette semaine.
-C’est pas grave, répond-il, je comptais mettre un extrait de ton bouquin…
Il me lance un paquet de feuilles agrafées, et je reconnais l’extrait dès la première ligne:
" ...Floyd fit une chute vertigineuse d’environ huit étages. La tempête de neige le fit dévier, et il atterrit sur le toit de la rue d’en face. La violence du choc lui cassa les deux jambes. Il roula sur quelques mètres, avant d’aller s’écraser contre un mur de briques.
S’il avait été totalement humain, il serait certainement mort sur le coup.
Le corps meurtri, il resta ainsi une bonne heure à contempler les flocons se disperser sur cette ville qui avait eu sa peau. Son monde se changeait en coton, et plus les minutes passaient, plus il abandonnait l’espoir de se relever un jour pour se venger de l’infâme Wolfgang.
Les flocons étaient maintenant des étoiles filantes, et la vie folle passait bien trop vite pour le pauvre Floyd, lorsqu’un visage connu se pencha au dessus de lui.
-Helena de Suza, murmura-t-il.
La jeune femme lui sourit, et passa sa main sur le visage du malheureux.
-Je vous aime, confia-t-il. Je vous ai aimé depuis le premier jour, même si pour le cacher j’ai tenté de vous vendre à Wolfgang. Maintenant toute la ville est à mes trousses, et je n’ai plus rien à vous offrir, sauf une vieille Cadillac blanche garée au bas de l’immeuble. Je veux dire… Je sais que je ne suis pas le plus honnête des hommes, mais putain, je n’ai jamais voulu vous faire du mal, et vu le monde dans lequel on vit je trouve que c’est un bon début. Je vous promets pas le bonheur, mais dès que je pourrai me lever je vous emmènerai ailleurs, et vous serez un peu moins triste, ça je vous le promets.
Une rafale de mitrailleuse coupa net son discours. Un hélicoptère de combat approchait de l’immeuble dans un fracas d’enfer. L’engin était peint de jaune et de rouge, des couleurs qui étaient hélas bien trop familières à Floyd.
-Wolfgang! sursauta Helena de Suza."
Je regarde Xavier, en lui montrant les feuilles que je tiens en main.
-Enculé de ta mère, dis-je d’une voix blanche, tu peux pas mettre ça sur internet.
Terrifié, ne sachant sans doute plus ce que je fais, je jette les feuilles à la gueule de mon ami. Il me jette la souris de l’ordinateur, et je me réfugie derrière de canapé pour éviter un boitier de disque lancé comme un freesbe. J’attrape une chaussure qui traîne et vise Xavier avec, mais manque mon coup.
-Tu sais pourtant très bien que tu sais pas viser, se moque-t-il.
Je lui demande des parlementassions et il me rappelle que je ne suis pas en position de force. Je lui réponds que je pourrais tout à fait mettre le feu à son appartement.
-Avec quel briquet? T’as arrêté de fumer. Tu as encore deux jours.
Les vagues apportent des nouvelles de la mer, plus ou moins fameuses. Le vent fait voler mon écharpe, et onduler mes vêtements. Me pieds se fondent avec le sable, et toute trace de mon passage sera bientôt recouverte par la marée.
C’est pas la méditerranée de pédé. C’est une mer agitée de vagues grises et vertes. C’est le froid et les bateaux qui peinent vraiment à la tâche. C’est un des endroits que je préfère au monde.
Mes chaussures s’enfoncent un peu plus dans le sable humide à chaque pas que je fais. Un char à voile arrive vers moi à toute vitesse, et je n’y prête pas attention. J’avais tort de vouloir écrire, et je pense que je vais passer ma vie ici.
Le char à voile manque de me rentrer dedans, et je lui hurle des insanités. Il tente de faire demi-tour et se renverse, ce qui me fait rire jusqu’à ce que je reconnaisse le conducteur accidenté.
Je sais pas ce qui a fait penser à Xavier que ce serait facile de conduire ce truc. Je l’aide à se relever, et il râle au sujet de la caution qu’il a laissée pour le char. Je lui demande comment il m’a trouvé.
-Satellite espion, répond-il en marmonnant.
-Sérieux?
-Mais non, pauvre con, j’ai appelé ta mère.
Je tire sur mes jambes pour décoller mes pieds du sable boueux. C’est un choix que j’ai fait. J’aurais très bien pu rester collé ici quelques heures de plus.
Xavier et moi nous mettons en route vers le parking au loin. Je lui demande s’il est venu me chercher parce qu’il est secrètement amoureux de moi, et il me répond que je prends mes désirs pour des réalités.
Il me tend un paquet de feuilles imprimées que je reconnais à une phrase surlignée en jaune: «Floyd décida de se mesurer au monde». Je déchire les feuilles en deux et les jette en direction de a mer, dans un geste que je veux romantique et désespéré. Mais le vent souffle dans le mauvais sens, et elles me reviennent en pleine figure, avant d’aller effectuer une danse folle sur le sable.
-J’ai écrit un bouquin de merde, dis-je.
-Il est pas si merdique, corrige Xavier. Et puis c’est pas grave.
Il ajoute que ma mère nous invite à manger. Nous continuons notre route jusqu’à la voiture, agressés par un froid polaire et la certitude de ne pas être invincibles.
Note: Idée du char à voile complètement débile.
Prochainement: Vincent me casse la gueule.
Le téléphone n’en finit pas de sonner, et pourtant je ne décrocherai pas. Jamais. Je mets un point d’honneur à rompre l’engagement débile que j’ai pris avec mon soi-disant agent littéraire.
Mon téléphone cesse de sonner, et j’avale une grande gorgée de café en fixant la page blanche du traitement de texte de mon ordinateur. Je devrais écrire sur du papier comme un vrai écrivain.
Je peux pas écrire quand j’ai rien à dire, c’est pas possible. Il devrait le comprendre et cesser de me harceler. Je devrais pas m’énerver tout seul devant mon ordinateur à cause des délais imposés par ce connard, je devrais aller lire une bande dessinée, ou télécharger une de ces nouvelles séries américaines.
Je reçois un message de Xavier qui dit «Je savais pas que tu préférais juste jouer à l’écrivain». Je lance le téléphone contre le mur, et réalisant la stupidité de mon geste, je me précipite pour le ramasser et vérifier qu’il n’est pas cassé.
Franchement c’est pas une vie. J’ai autre chose à faire que de rester à contempler la page blanche virtuelle sur l’écran de l’ordinateur. C’est même pas impressionnant, une page blanche virtuelle.
Une douleur violente s’empare de mon ventre. J’essaye de l’ignorer, mais bientôt elle m’oblige à m’assoir. C’est pas possible de se mettre dans des états pareils. La douleur grimpe en flèche, et je presse mon estomac de mes deux mains pour tenter de contenir l’alien qui est en train de me bouffer.
Les spasmes me forcent maintenant à m’allonger par terre. Ma respiration s’accélère, et me reprendre paraît de plus en plus difficile. Je hurle «maman» parce qu’après réflexion c’est le seul truc sensé à faire. Mes tripes palpitent et la peau de mon ventre gonfle à vue d’œil.
Je tente péniblement de ramper jusqu’à la fenêtre, espérant avoir encore la force de l’ouvrir et de sauter pour abréger mes souffrances. S’il était là, Vincent dirait que je fais mon cinéma.
La douleur devient si forte que je ne trouve même plus la force de ramper, à peine celle de rouler sur le dos. Une certaine sérénité s’empare immédiatement de moi, car j’ai fini par comprendre ce qui se passe: Je vais exploser.
Je hurle de plus belle, comme un goret qu’on égorge. Pas le temps de faire évacuer l’immeuble, ni de rédiger un testament. Je vais emplir le quartier de tripes en fusion, dans une fulgurante déflagration de stress.
Si seulement je n’avais pas eu cette idée à la con d’accepter d’écrire pour un blog…
Mon ventre cède et le souffle de l’explosion fait voler mon corps en éclats. Mes membres volent aux quatre coins de la pièce, et ma tête est projetée si violemment contre le mur qu’elle le transperce. C’est juste avant que le souffle de l’explosion ne balaie l’appartement.
Dans la rue, un passant observe d’un œil circonspect mon immeuble se disperser en un feu d’artifice de briques, et ça lui rappelle les bouses de vaches qu’il faisait exploser avec des pétards étant enfant, mais en plus grand.
Putain de bouseux.
Je monte péniblement les escaliers, trempé par la pluie diluvienne qui s’abat dans la rue, et qui m’est tombé dessus juste pour me faire chier. Je récupère douloureusement depuis mon explosion, et chaque goutte qui s’est aplatie sur moi aura été un coup de marteau pour m’enfoncer un peu plus dans le trottoir. Mais maintenant je suis à l’abri.
Je frappe à la porte, et Xavier vient m’ouvrir.
-Je venais voir Vincent, dis-je.
Il sourit en m’annonçant que j’ai une sale gueule, avant de me faire rentrer. Je lui demande un café, et il me répond que je peux m’en faire un si j’ai le courage de toucher au paquet qui traîne sur l’étagère depuis deux ans. Je m’affale dans le canapé, tentant d’attirer l’attention ou la pitié. Xavier, lui, s’assoit à son ordinateur et se met à surfer sur internet, apparemment à la recherche du dernier épisode de son manga du moment.
Je soupire fort mais il fait mine de ne pas m’entendre. J’attrape une bande dessinée et tente de me concentrer pour la lire, en vain. Et puis je suis pas venu pour ça.
-Au fait, dis-je en tentant de paraître détendu, je crois pas que je vais te rendre de texte cette semaine.
-C’est pas grave, répond-il, je comptais mettre un extrait de ton bouquin…
Il me lance un paquet de feuilles agrafées, et je reconnais l’extrait dès la première ligne:
" ...Floyd fit une chute vertigineuse d’environ huit étages. La tempête de neige le fit dévier, et il atterrit sur le toit de la rue d’en face. La violence du choc lui cassa les deux jambes. Il roula sur quelques mètres, avant d’aller s’écraser contre un mur de briques.
S’il avait été totalement humain, il serait certainement mort sur le coup.
Le corps meurtri, il resta ainsi une bonne heure à contempler les flocons se disperser sur cette ville qui avait eu sa peau. Son monde se changeait en coton, et plus les minutes passaient, plus il abandonnait l’espoir de se relever un jour pour se venger de l’infâme Wolfgang.
Les flocons étaient maintenant des étoiles filantes, et la vie folle passait bien trop vite pour le pauvre Floyd, lorsqu’un visage connu se pencha au dessus de lui.
-Helena de Suza, murmura-t-il.
La jeune femme lui sourit, et passa sa main sur le visage du malheureux.
-Je vous aime, confia-t-il. Je vous ai aimé depuis le premier jour, même si pour le cacher j’ai tenté de vous vendre à Wolfgang. Maintenant toute la ville est à mes trousses, et je n’ai plus rien à vous offrir, sauf une vieille Cadillac blanche garée au bas de l’immeuble. Je veux dire… Je sais que je ne suis pas le plus honnête des hommes, mais putain, je n’ai jamais voulu vous faire du mal, et vu le monde dans lequel on vit je trouve que c’est un bon début. Je vous promets pas le bonheur, mais dès que je pourrai me lever je vous emmènerai ailleurs, et vous serez un peu moins triste, ça je vous le promets.
Une rafale de mitrailleuse coupa net son discours. Un hélicoptère de combat approchait de l’immeuble dans un fracas d’enfer. L’engin était peint de jaune et de rouge, des couleurs qui étaient hélas bien trop familières à Floyd.
-Wolfgang! sursauta Helena de Suza."
Je regarde Xavier, en lui montrant les feuilles que je tiens en main.
-Enculé de ta mère, dis-je d’une voix blanche, tu peux pas mettre ça sur internet.
Terrifié, ne sachant sans doute plus ce que je fais, je jette les feuilles à la gueule de mon ami. Il me jette la souris de l’ordinateur, et je me réfugie derrière de canapé pour éviter un boitier de disque lancé comme un freesbe. J’attrape une chaussure qui traîne et vise Xavier avec, mais manque mon coup.
-Tu sais pourtant très bien que tu sais pas viser, se moque-t-il.
Je lui demande des parlementassions et il me rappelle que je ne suis pas en position de force. Je lui réponds que je pourrais tout à fait mettre le feu à son appartement.
-Avec quel briquet? T’as arrêté de fumer. Tu as encore deux jours.
Les vagues apportent des nouvelles de la mer, plus ou moins fameuses. Le vent fait voler mon écharpe, et onduler mes vêtements. Me pieds se fondent avec le sable, et toute trace de mon passage sera bientôt recouverte par la marée.
C’est pas la méditerranée de pédé. C’est une mer agitée de vagues grises et vertes. C’est le froid et les bateaux qui peinent vraiment à la tâche. C’est un des endroits que je préfère au monde.
Mes chaussures s’enfoncent un peu plus dans le sable humide à chaque pas que je fais. Un char à voile arrive vers moi à toute vitesse, et je n’y prête pas attention. J’avais tort de vouloir écrire, et je pense que je vais passer ma vie ici.
Le char à voile manque de me rentrer dedans, et je lui hurle des insanités. Il tente de faire demi-tour et se renverse, ce qui me fait rire jusqu’à ce que je reconnaisse le conducteur accidenté.
Je sais pas ce qui a fait penser à Xavier que ce serait facile de conduire ce truc. Je l’aide à se relever, et il râle au sujet de la caution qu’il a laissée pour le char. Je lui demande comment il m’a trouvé.
-Satellite espion, répond-il en marmonnant.
-Sérieux?
-Mais non, pauvre con, j’ai appelé ta mère.
Je tire sur mes jambes pour décoller mes pieds du sable boueux. C’est un choix que j’ai fait. J’aurais très bien pu rester collé ici quelques heures de plus.
Xavier et moi nous mettons en route vers le parking au loin. Je lui demande s’il est venu me chercher parce qu’il est secrètement amoureux de moi, et il me répond que je prends mes désirs pour des réalités.
Il me tend un paquet de feuilles imprimées que je reconnais à une phrase surlignée en jaune: «Floyd décida de se mesurer au monde». Je déchire les feuilles en deux et les jette en direction de a mer, dans un geste que je veux romantique et désespéré. Mais le vent souffle dans le mauvais sens, et elles me reviennent en pleine figure, avant d’aller effectuer une danse folle sur le sable.
-J’ai écrit un bouquin de merde, dis-je.
-Il est pas si merdique, corrige Xavier. Et puis c’est pas grave.
Il ajoute que ma mère nous invite à manger. Nous continuons notre route jusqu’à la voiture, agressés par un froid polaire et la certitude de ne pas être invincibles.
Note: Idée du char à voile complètement débile.
Prochainement: Vincent me casse la gueule.
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