Bienvenue sur mon blog. "Irving Rutherford", c'est mon pseudo, et c'est aussi un roman feuilleton qui paraît tous les mardis. Je sais pas vous, mais moi je déteste les écrivains qui racontent leur vie, même si c'est un peu ce que je fais. Alors du coup j'arrive pas à m'empêcher de rajouter deux ou trois trucs en plus, pour agrémenter le quotidien.
Si c'est votre première visite, je vous invite à lire un épisode ou deux. Chacun peut se lire indépendamment, mais le tout est relié par une continuité, et les vieux épisodes sont gardés dans les archives.
Je souhaite une bonne lecture aux nouveaux lecteurs comme aux habitués.


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11 mai 2010

34. Xavier est toujours mon agent littéraire.

Xavier compte mes tractions avec dédain. Dans un râle, je lui dis que je peux le faire tout seul, et il me répond que si je le faisais, je tricherais certainement. Arrivé au nombre prévu, je me laisse tomber de la barre, et fais attention à ne pas glisser du toit.
J'enlève mon t-shirt pour éponger la sueur de mon visage, et mon ami me demande comment je fais pour être un tel exhibitionniste.
-C'est ce qu'a répondu ta mère quand je lui ai demandé de nous filmer en train de le faire.
-La tienne est pas aussi pudique. Ça doit être de famille.
Le souffle encore irrégulier, je recommence une série de tractions, que Xavier compte encore à voix haute. Cette fois je m'écroule presque lorsque j'ai fini, et manque de dégringoler du toit en lâchant la barre.
-Je crois que ça suffit, m'ordonne Xavier.
-Encore une petite série.
Il se pince l'arrête du nez, juste entre les deux yeux, et ses épaules remontent imperceptiblement. En faisant visiblement un effort pour être poli, il me demande de me rhabiller. Je crois que si j'en avais la force, je remonterai à la barre sans attendre. Je pense qu'il le comprend en me regardant.
-C'est ton ninpo à toi, bougonne-t-il, comme si l'évidence l'accablait.
-Arrête avec tes trucs de ninja.
-L'écrivain-guerrier, murmure-t-il.
Ses yeux ont l'air de m'interroger, comme pour s'assurer que sa formulation a produit son petit effet. Je tâte mes bras, pour vérifier si par le plus grand des hasards ils n’ont pas augmenté de volume. Mais non.
Mon ami s’assoit en tailleur, et avec un ton qui se veut mystérieux, m’engage à prêter attention à ses paroles. Sur la planète de Xavier, « l’écrivain-guerrier » est un peu comme un chevalier jedi. Il pourfend l’injustice et pourchasse l’infamie, usant tour à tour de sa plume et de son épée.
-De son épée ?
-C’est ce que tu veux faire ? me demande-t-il. Tu te reconnais dans la définition ?
-Je suis pas sûr.
-Pourquoi tu enchaînes les pompes et les tractions depuis que t’es rentré ?
Je prends le temps de réfléchir, pour mettre des mots sur mon objectif, chose que je n’ai pas encore faite. Il ne me faut pas longtemps pour y parvenir.
-Je veux que la vie soit meilleure, dis-je. Je veux en foutre plein la gueule à ceux qui la pourrissent.
-On va t’apprendre à te servir d’une épée.

Vincent fait semblant de ne pas avoir entendu Xavier, qui est pourtant juste à côté de lui. Il lisse sa moustache d’un geste machinal, et s’absorbe dans l’inventaire d’un carton rempli de denrées, mettant à la poubelle celles qui sont périmées.
-Je suis sûr qu’une épée c’est pas si compliqué à trouver, insiste Xavier.
Vincent jette un pot de yaourt et un paquet de pain brioché. Je récupère le pot, en expliquant que les dates de péremption des produits laitiers prévoient une marge importante.
-Je rentre pas dans votre délire, les mecs, marmonne finalement le moustachu. Il n’y a plus d’armes nulle part, et vouloir une épée pour lutter contre des flingues c’est complètement con.
Je plonge une cuillère dans le pot de yaourt, et la porte à ma bouche. Un violent goût de moisi me fait recracher presque immédiatement, mais mes deux amis semblent trop absorbés dans leur conversation pour réagir.
-Il est très con, totalement pédé, mais je crois en lui, dit Xavier en me désignant d’un signe de tête, comme si j’étais un animal de compagnie. S’il est assez abruti pour vouloir devenir écrivain, et pour aller se faire défoncer par plus fort que lui, alors on doit raisonnablement le soutenir.
Vincent et moi cherchons un instant la logique de sa conclusion. On dirait son discours sorti d’un mauvais livre d’heroic-fantasy que j’ai adoré lire. L’émotion me noue subitement la gorge, et m’empêche de parler. J’essuie une trace de yaourt qui trône au coin de ma lèvre, et entame un sourire béat.
-Je préférais le temps où tu voulais devenir acteur, soupire Vincent.
Le futur écrivain-guerrier que je suis comprend que les réticences du moustachu ont été vaincues, ou du moins mises de côté. L’épée se rapproche, et avec elle les histoires échappées des mauvais romans que j’affectionne, et aussi des bandes dessinées.
Je vois vraiment pas ce que je pourrais écrire. Les événements à venir trépident et palpitent. Les événements passés ne me sont pas d’une grande inspiration, et manquent de sérieux.
Il reste la bataille, et avant elle l’entraînement. Finalement j’aime la formulation très synthétique de Xavier. L’écrivain-guerrier fera plus que se débattre.

Xavier perce ma défense, et m’assène un coup de manche à balai sur l’oreille, qui me fait un mal de chien. Malgré moi, je le traite de sale pédé, et il me colle un nouveau coup entre deux côtes.
-Tiens ta garde, dit-il froidement.
Je réajuste mes mains sur mon manche à balai, et jette un regard de défi à mon ami. Sans paraître impressionné, il m’écrase le gros orteil du bout de son arme de fortune. Je me mets à sautiller en lâchant une nouvelle bordée de jurons, faisant tout de même attention à ne pas glisser du toit. Avec un ton d’entraîneur, Xavier m’accorde que j’encaisse plutôt bien, mais que l’idéal serait d’éviter ses attaques.
-Je serais plus dedans si on s’entraînait avec des vraies épées, dis-je.
-Si on s’entraînait avec des vraies épées tu serais déjà mort.
Et sur ces mots, son manche à balai fuse et heurte mon épaule avec un claquement sourd. Je décèle dans son regard qu’il prend un plaisir évident à me frapper. Il continue ses assauts, faisant mouche à chaque coup, tapant de plus en plus fort. Je réalise qu’il rentre une fois de plus dans une de ses colères folles.
Sur la planète de Xavier, la faiblesse est un crime. Les gens qui hésitent, prennent des mauvaises décisions par lâcheté, et ne les assument pas par honte sont bons pour la pendaison. Ceux qui ont du mal à se défendre méritent une bonne raclée.
L’ustensile de bois vient s’aplatir contre ma tempe, et me désoriente quelques secondes, pendant que mon ami pousse un petit rire moqueur.  Sur cette planète étrangère, on a pas vraiment droit à l’erreur. Ceux qui ne se plient pas aux lois édifiées par le jeune tyran sont expulsés dans le cosmos, à la dérive.  Moi je m’accroche au sol comme un connard, pour ne pas être aspiré vers la stratosphère et retourner au monde tel que je le connais.
L’arme de Xavier fend l’air avec de grands sifflements, et m’assaille de tout côté. Je serre les dents, et évite de reculer vers la partie glissante du toit.  Sans réfléchir, je pose mon manche à balai, ce qui désoriente mon assaillant une fraction de seconde, que je mets à profit pour lui arracher son arme, que je casse en deux sur mon genou. Xavier semble sortir d’un rêve, et pousse un gros rot, comme cela lui arrive souvent après un effort physique.
-Avec des vraies épées t’aurais pas pu faire ça, halète-t-il avant d’être pris d’un renvoi.
Comme souvent, une envie de le tuer s’empare de moi. Je contemple le vide derrière lui, réfléchissant au meilleur angle pour le pousser, et ignore le sourire narquois qui emplit son visage.
-Je t'emmerde, dis-je. J'emmerde la spiritualité, les choses qui me dépassent. Je m'acharne comme un enculé et il y a rien d'autre que je puisse faire. Et je m’en branle de savoir si pour toi c’est suffisant ou pas.
Son sourire se charge quelque peu de malice, mais ce n’est sûrement qu’une impression. Il pose sa main sur mon épaule encore meurtrie par un de ses coups, et m’annonce que je commence à comprendre le truc.
Il descend du toit, peut-être pour aller vomir. La stratosphère exerce soudain moins d’attraction sur mon corps.
Récupérant mon manche à balai, je le soupèse en me projetant dans ce futur proche où si Vincent le veut, j’aurai une putain d’épée. Je cale le tube de bois entre deux cheminées, par flemme d’escalader quelques parapets pour aller retrouver ma barre en métal. Si Xavier était encore là, son enthousiasme pour moi redescendrait.
Je commence une série de tractions, sereinement, avec la satisfaction de constater que faire de l’exercice est de plus en plus facile. Perdu dans mes pensées, je mets un seconde de trop à réaliser que le manche à balai craque sous mon poids, et que mon corps tombe et suit une pente descendante jusqu’au rebord du toit. Stupidement, je m’agrippe aux deux bouts de bois dans mes mains, comme s’ils allaient me retenir. Me pieds battent les tuiles pour ralentir ma glissade, et j’ai finalement la présence d’esprit de lâcher au dernier moment les débris de manche à balai pour m’accrocher à une gouttière.
Le sang afflue dans mon cerveau par torrents, sans que pour autant une pensée claire me vienne. Instinctivement, je regarde le vide au dessous de moi, mais ne ressent pas vraiment de peur, comme si la perspective était trompeuse, ou que l’air était mou.
Je me hisse rapidement jusqu’à une zone plate du toit, et constate que la gouttière est un peu tordue à l’endroit où je l’ai agrippée.
Derrière l’adrénaline, un petit frisson de satisfaction me parcourt quand je regarde mes bras, qui me semblent plus épais. Même si ce n’est probablement encore qu’une histoire de perspective trompeuse.
Le cœur prêt à battre des records de vitesse, je traverse un petit triomphe personnel, que je vivrai sûrement comme un échec après une bonne nuit de sommeil, ou que j’oublierai. Car l’écivain-guerrier est ainsi fait qu’il ne voit pas les ratés de la vie comme une fatalité ou un manque de force. Il ne s’en réjouit pas non plus. 
En fait je crois juste qu’il s’en fout.


Note : Trop optimiste

Prochainement : Martine par paliers

5 mai 2010

33. Vincent a du mal à porter les choses lourdes

Vincent descend péniblement la brouette dans les escaliers, la cognant contre les murs et la laissant parfois échapper sur quelques marches. Il se plaint de la lourdeur de l'outil, et Xavier lui demande s'il préfère porter le cadavre. Bien entendu le moustachu ne trouve rien à y redire.
Je réajuste ma prise sur les pieds de Joell. Xavier, qui descend en marche arrière en tenant les bras du routier, me demande d'aller moins vite si je ne veux pas qu'on se casse la gueule. La manœuvre est délicate car nous évitons tous deux de regarder le cadavre, et la plaie béante qui lui tient lieu de parties génitales.
Vincent fait un bordel pas croyable avec la brouette. Nous n'en sommes qu'à la moitié du chemin et c'est un miracle qu'aucun voisin ne se soit encore risqué à sortir de chez lui.
Je presse un peu trop le pas, et me rapproche sans le vouloir de Xavier. Les fesses du cadavre viennent heurter les marches, et mon partenaire me réprimande. Vincent fait remarquer qu'il n'y a pas que lui qui fait du bruit.
J'ai l'impression que nous mettons une éternité à arriver en bas. Le corps pèse une tonne, et le visage de Xavier est fermé. Nous n'avons pas pu dormir cette nuit.
Une fois dans le hall, nous installons le cadavre châtré dans la brouette, et reprenons quelques secondes notre souffle. Le carrelage dégage une fraîcheur rassurante, mais nous savons que la journée va être étouffante. Nous savourons ce moment car c'est sans doute le meilleur que nous vivrons aujourd'hui.
Vincent sort son revolver, et nous précède dans la rue, pour dégager la voie. Xavier et moi le suivons, portant chacun une poignée de la brouette. Dehors le jour se lève à peine, et déjà la chaleur est désagréable.
Il faut vivre les mauvaises journées, on a pas le choix. Nous partons dans les rues de Paris en guettant chaque bruit suspect, effrayé par l'idée d'être découverts et de passer pour des cons. Ainsi débute l'épopée du cadavre sans bite.
Elle se poursuit dans les ruelles, que nos protagonistes empruntent pour être discrets. Ils ne croisent que quelques rats attirés par les tas d'ordures qui jonchent les trottoirs. Nos trois amis circulent à l'ombre, et essayent de respirer le moins possible.
L'épopée prend une tournure différente quand ils arrivent sur un boulevard sur lequel ils n'étaient pas venu depuis des semaines. Plusieurs cadavres les y attendent, plus ou moins mutilés, comme sur un champ de bataille abandonné par des soldats qui ne prennent pas la peine d'enterrer leurs morts. Certaines façades d'immeubles sont noircies, et presque toutes les portes sont fracturées.
-On se rapproche du centre, tente d'expliquer un des amis.
Et ils poussent leur périple un peu plus loin, avec moins d'appréhension. Car au fond, le cadavre qu'ils transportent leur paraît moins exceptionnel maintenant.
Chaque rue de la ville dévastée les renvoie à la nostalgie d'une époque révolue : La rue du premier baiser avec cette Martine, le bar où un certain soir Vincent s'était battu avec un inconnu...
L'immeuble tenu par les révolutionnaires.
L'épopée marque une pause, pendant que nous regardons la façade lacérée d'impacts de balles et de traces de sang. Je n'ai vu cet immeuble qu'une fois, de nuit, mais dans mon souvenir il était intact. J'interroge Xavier du regard, et il hoche la tête nerveusement, en se mordant la lèvre. Il emprunte le flingue de Vincent, qui le lui cède à contrecœur, et pénètre par un trou dans le mur du rez-de-chaussée. Sans doute un trou de roquette.
Je m'assois sur la brouette sans quitter la façade des yeux, m'attendant peut-être à voir Xavier passer à travers une fenêtre. Vincent allume deux cigarettes et m'en donne une, puis se moque de moi quand je lui dis que je suis presque prêt à arrêter de nouveau.
-Tu me parles de ça comme si c'était une envie que je respectais, me réprimande-t-il.
Le soleil est un peu plus agressif qu'à notre départ, et l'ombre des immeubles est moins envahissante. Je redoute le moment ou le corps de Joell va commencer à pourrir pour de bon. C'était la petite surprise qu'on réservait à ces connards d'activistes pour le réveil.
Xavier sort de l'immeuble en nous faisant signe que celui-ci est vide. Il rend son flingue à Vincent, et me vole ma cigarette quand ce dernier lui parle de notre conversation. Je regarde les yeux vides de Joell, et chasse la première mouche de la journée qui vient se poser sur son visage figé.
-Allons le balancer à la Seine, dis-je comme si c'était une évidence.
L'épopée reprend. Nos héros s'enfoncent un peu plus dans le cœur de la capitale et découvrent des rues de plus en plus dévastées, dans un silence qui n'est troublé que par le bruit d'un hélicoptère trop lointain pour être aperçu. La ville est imprégnée d'odeurs de bataille, des odeurs qui auront du mal à partir, ils le savent.
Sans crier gare, le fleuve apparaît. Il semble une oasis dans un désert vicié. « C'est un comble, quand on sait comme la Seine est dégueulasse », pensent-ils. Mais en cet instant précis, elle leur paraît cristalline et purifiante, et ils ont presque honte de venir y jeter un cadavre, même s'ils savent pertinemment qu'elle en a vu d'autres.
Ils avancent sur le Pont-Neuf, Vincent en tête de ligne, et les deux autres remorquant le corps, sur ce même pont duquel Roger était tombé il y a longtemps. La matinée est déjà bien entamée. Les gens vont commencer à sortir de chez eux, et les militaires à faire leurs patrouilles. Ainsi finit l'épopée du cadavre sans bite.
Je mens quand je dis que Roger est tombé, parce que c'est moi qui l'ai poussé. Je demande à Xavier s'il pense que cet ami du futur dont je lui parle parfois est encore passé à l'ennemi.
-Mec, s'attriste-t-il, faut que tu comprennes qu'il existe pas vraiment.
-On verra.
C'est vrai, quoi... Il l'a jamais rencontré, comment il peut dire s'il existe ?
Je lui demande de m'aider à soulever le corps, ainsi qu'à Vincent. Ce dernier s'y colle avec nous, mais ne nous aide qu'à moitié, et je lui conseille de se rabattre plutôt sur l'oraison funèbre. Pendant que Xavier et moi installons Joell sur le parapet, je le vois chercher ses mots en triturant son flingue.
-Il avait du bon en lui, commence-t-il, puisqu'il a renoncé à nous tuer au dernier moment. C'est pour ça, Joell, que nous avons décidé de ne pas te laisser pourrir au soleil.
-C'est ce qu'on voulait faire au début, rectifie Xavier.
-Ta gueule.
Nous poussons le corps, qui fait une chute hasardeuse, suivie d'un gigantesque éclaboussement. Joell sombre et nous offre un geyser d'adieux, avant de sombrer dans les eaux du fleuve sale. Nous contemplons les ondes troubler la surface de l'eau, qui semblent ne pas avoir de fin.
Il y a quelque chose de plus dur dans l'air maintenant, peut-être ce putain de soleil, ou les émanations de la ville pourrissante.
Nous avons mis trop de temps. Il est encore tôt mais les milices sont de sortie. En plissant les yeux, je distingue un groupe de quatre hommes à l'autre bout du pont, dont l'un d'eux tient ce qui ressemble à un club de golf.
Je déglutis péniblement, en indiquant ma découverte du doigt à mes amis. Leurs épaules se raidissent, et Vincent murmure une phrase agressive que je n'écoute pas vraiment. Les yeux fixés sur ces hommes qui viennent à notre rencontre, le soleil nous aveuglant un peu, nous attendons patiemment de savoir à quoi nous en tenir. Vincent serre son revolver et crispe les mâchoires.
C'est comme si le Pont-Neuf se rallongeait à chaque seconde. Les hommes marchent vers nous comme s'ils s'éloignaient, et nous ne les distinguons précisément que quand ils arrivent à notre niveau. Ils portent des vestes militaires usées, posées sur des t-shirts aux couleurs passées. L'un d'eux, celui au club de golf, est même en sandales.
-Qu'est-ce que vous venez de jeter ? nous demande-t-il agressivement.
Nous ne répondons rien. Xavier met toute la dureté qu'il peut dans son regard, et ses yeux ne lâchent pas le club de golf. J'imagine qu'il réfléchit à la meilleure manière de désarmer notre interlocuteur. Deux des sbires me dévisagent, et l'un chuchote à l'autre une phrase dont je ne saisis que « Tu crois que... ».
Le chef de la troupe marche jusqu'à la brouette, et la soulève d'une main pour l'examiner, ce qui énerve Vincent. L'homme pousse un petit sifflement, comme s'il caressait une ferrari.
-On va la réquisitionner pour la révolution, mon pote, dit-il.
Vincent, imperturbable, va poser la main sur l'outil. Le révolutionnaire, examinant les biceps de mon ami, a un sourire qui se veut ironique. Il amène la brouette vers lui. Le moustachu, sans hésiter, lui tire une balle dans le pied.
La détonation fait sursauter tout le monde, moi le premier. L'homme pousse un cri, suivi d'un flot d'injures, et lâche son arme pour compresser sa plaie. Xavier, le corps entier tendu, a l'air d'un animal prêt à bondir. Il ramasse le club de golf d'un geste prompt, et se place en position de combat.
-C'est notre brouette, grogne Vincent.
L'homme s'appuie sur un de ses camarades, et le petit groupe s'éloigne plus vite qu'il n'est arrivé, en nous traitant de tous les noms. Xavier fait la remarque que dans dix minutes ils reviennent avec des mitraillettes, et nous hochons la tête. Pourtant nous prenons le temps de les regarder s'éloigner, vers la rive pleine de soleil, emportant avec eux un peu de ce qu'il y a de bon chez nous.
On va pas y arriver. On peut pas se cacher, et on peut pas résoudre les choses calmement. Ceux d'en face sont fous et contagieux.
Le bonheur se fait la malle à une vitesse inimaginable, et nous on s'endurcit de jour en jour. On se lève jamais assez tôt, et on a jamais assez de scrupules. On est devenu des personnes qu'on était pas avant.
On jette plus que des cadavres à la Seine.


Note : Ça s'arrange pas

Prochainement : Xavier est toujours mon agent littéraire
 
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