Bienvenue sur mon blog. "Irving Rutherford", c'est mon pseudo, et c'est aussi un roman feuilleton qui paraît tous les mardis. Je sais pas vous, mais moi je déteste les écrivains qui racontent leur vie, même si c'est un peu ce que je fais. Alors du coup j'arrive pas à m'empêcher de rajouter deux ou trois trucs en plus, pour agrémenter le quotidien.
Si c'est votre première visite, je vous invite à lire un épisode ou deux. Chacun peut se lire indépendamment, mais le tout est relié par une continuité, et les vieux épisodes sont gardés dans les archives.
Je souhaite une bonne lecture aux nouveaux lecteurs comme aux habitués.


Affichage des articles dont le libellé est teletransportation. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est teletransportation. Afficher tous les articles

9 mars 2010

26. Irving Rutherford

Paris est redevenue comme avant. Je n'ai aucune explication à ça, mais je découvre avec bonheur ses boutiques réparées et ses voitures qui ont recommencé à circuler. Les gens semblent souriants, et font du shopping comme si rien ne s'était passé.
Je marche quelques minutes, me délectant du retour des beaux jours, des cyclistes qui conduisent mal et des épiciers qui fument devant leurs magasins.
J'aperçois cette boutique de bandes dessinées où j'allais souvent, et je me demande pourquoi elle a changé de place sur le boulevard. Je pénètre à l'intérieur et commence à flâner entre les rayons. Je feuillète plusieurs albums, avant d'en trouver un qui m'intéresse. Il raconte l'histoire d'un sorcier des forêts rouges qui décide de faire le bien, et qui se retrouve à combattre son propre camp.
Le vendeur me le glisse dans un sac, en me demandant où en est ma collection. Je lui réponds qu'elle a brûlé.
-C'est la pire chose qui puisse arriver à un homme, commente-t-il.
J'ouvre brusquement les yeux. Le jour pénètre doucement par la fenêtre de l'appartement de Vincent, et me fait comprendre que c'est le petit matin et que je n'ai pas beaucoup dormi. La lumière est blanche, orange, verte. Les premières heures de cette journée sont fantomatiques et un rien abrutissantes.
Je fixe le plafond en étirant mes bras engourdis. Ce lit de camp est trop petit, tout comme l'appartement de Vincent dont le plafond est trop bas. Le soleil jeune m'éblouit et me force à me lever, ce qui me permet de remarquer Roger qui m'observe, assis sur le canapé.
Je sursaute involontairement, même si au fond sa présence n'a rien de surprenant. Ses bras sont croisés et son visage est grave. Je lui demande s'il est passé à l'ennemi.
-C'est toi qui est passé à l'ennemi, me répond-il.
Je me dirige jusqu'à la cafetière sur la pointe des pieds, prenant soin de ne pas réveiller le reste de l'appartement. Je prépare assez de breuvage pour Roger et moi, puis enfile un pantalon. C'est une bonne idée l'histoire du sorcier qui se retourne contre les siens, et je devrais certainement la noter avant de l'oublier.
Je m'allume une cigarette, et fume les yeux baissés. Je commence à fatiguer. Le rythme s'intensifie, et je n'ai tout simplement pas autant d'endurance que le personnage que je me suis bâti. C'est la vraie vie ce matin, plus que les autres jours. Des gouttes de pluie viennent caresser les vitres, et éclatent les reflets du soleil en un million de petites taches lumineuses. Les rayons déformés m'enveloppent et me percent à jour.
Je demande à Roger s'il est venu me dire que je suis fou. Il a un sourire entendu, et me certifie que j'ai toute ma tête, et que je ferais bien de boire un bon café avant d'y aller.
-Je suis obligé de venir ?
-Non.
Je nous sers deux tasses, et nous les laissons refroidir quelques secondes. La fumée qui s'en échappe a l'air de chercher le chemin de la sortie elle aussi. C'est peut-être con de se résigner et de boire du café, mais je suis à court d'inspiration.
Je sirote ma tasse en observant Roger du coin de l'œil, persuadé que si je le fixe assez longtemps, je saurai s'il est réel. Les gens qui existent laissent refroidir leur tasse plus longtemps pour ne pas se brûler la langue. Les gens qui n'existent pas se réveillent sur des lits de camp et rêvent de jours meilleurs.
-Je viens avec toi, dis-je à voix basse.
Roger acquiesce d'un air satisfait. Je finis mon café en vitesse pour ne pas le boire froid. J'enfile des fringues, et embarque du papier et des stylos histoire de dire que je suis encore écrivain. Je passe mon grand manteau d'hiver, et remarque avec une pointe de tristesse que je n'ai rien d'autre à emporter.
Je laisse un mot pour mes amis sur la table : « J'ai oublié mes clopes à Genève. Je reviens ». C'est marrant. Ça les fera rire.
Nous descendons les escaliers presque à reculons. L'énergie reviendra quand le café aura fait effet. En sortant de l'immeuble, je reconnais à peine la rue. Elle est baignée de pluie et de soleil, échappant à toute logique. Les gouttes brillent comme du métal, et c'est comme si des poignards étincelants tombaient sur la ville.
Je questionne Roger sur la suite des événements. Il me propose d'aller boire encore plus de café, et je ne peux qu'accepter. Il précise qu'on a un rencard mais je ne l'écoute déjà plus. Mon esprit est accaparé par ce temps bizarre, mêlé de reflets dorés et d'ombres grises.
La pluie et le soleil n'ont rien de poétique. Leur présence simultanée n'est pas la métaphore d'un combat ou d'une valse. Ils se confrontent par hasard, et font leur vie chacun dans leur coin en feignant d'ignorer l'autre.
L'un me réchauffe et l'autre me fait grelotter. Les nuages passent et ma prétendue folie se détache par petites touffes. Tout rentre peu à peu dans l'ordre, comme dans une vie normale où l'on a pas envie d'autre chose.
Qu'est-ce qui m'a pris d'avoir envie d'autre chose ?
Roger m'indique un bistrot retranché derrière quelques sacs de sables, protégé par deux miliciens qui discutent du temps qu'il fait. L'un d'eux m'ouvre la porte, et je me laisse happer par la douce chaleur qui vient de l'intérieur. Je laisse les sons, les odeurs glisser sur moi sans s'accrocher. C'est comme une bouffée d'air après une longue apnée. Je navigue à nouveau à vue, et me demande comment j'ai pu rester aussi longtemps dans les profondeurs.
Roger me pousse jusqu'à une table, et m'invite à m'asseoir. Sancho, sur la banquette d'en face, m'adresse un clin d'œil. Un homme est assis à côté de lui, dont le visage me donne brusquement des sueurs froides.
-Irving Rutherford, présente Roger.
Ce visage c'est le mien. En mieux. L'homme qui me fait face est bien rasé, il a bonne mine, et ses vêtements sont plus élégants. Mais c'est moi.
Je prends une grande inspiration. Irving Rutherford me tend sa main, mais je refuse de la serrer, avouant que ça fait beaucoup d'un coup. Sancho fait la remarque que la ressemblance est vraiment parfaite. Franchement j'ai vraiment pas besoin qu'il le souligne.
Roger le traître, avec un sourire enfantin, explique que j'ai besoin d'être seul avec moi-même pour discuter. Le révolutionnaire et lui me laissent face à Irving Rutherford, qui me dévisage avec sérieux. C'est la vie à la surface. C'est ce qui arrive quand on sort des profondeurs.
Je demande à Irving si c'était lui qui était debout pendant que j'étais dans le coma, et si c'était lui qui a laissé un post-it dans le cercueil de Gilbert Bécaud. Il soupire comme si ma question puait la stupidité.
-Tu peux pas t'en empêcher, me répond-il. Il faut toujours que tu cherches à tout savoir.
-Ça me rassure.
-Tu fatigues.
-C'est vrai.
Il gratte une tache imaginaire sur sa chemise propre. Vincent avait tort, on ne devient pas ce qu'on projette. La vie rêvée se fait sans nous, et au mieux on peut espérer avoir moins d'ambition. Je questionne Irving sur ce qu'il écrit en ce moment, et il me fait l'ébauche d'une histoire de tragédie familiale.
-Ça a l'air cool.
Si je craque maintenant je vais paraître encore plus con. Le truc à faire c'est de se ressaisir et de soigner sa sortie. Je ne dormirai pas à Paris ce soir, et ça m'évitera sans doute de faire d'autres rêves déprimants.
-Tu vas aller où ? me demande Irving.
-J'ai quelques idées. Tu vas prendre ma place ?
-Non. Ta place ne m'intéresse pas vraiment.
Il préfère sans doute rester avec Sancho le fou et Roger le fumier. Je lui demande si mes amis à moi seront laissés tranquilles.
-C'est pas comme s'ils étaient vraiment dangereux, me répond-il.
Il fronce légèrement les sourcils, sans doute ébloui par la lumière blanche qui vient de la rue. J'éprouve soudain une grande tristesse en réalisant que j'ai enfin rencontré Irving Rutherford, et que je n'ai pas grand chose à lui dire. Mais lui aussi semble se foutre pas mal que j'existe.
Nous restons quelques minutes assis à nous échanger des banalités, sans être vraiment présents. Lui est déjà à l'assaut de sa propre existence, et je suis déjà loin de Paris. Nous discutons littérature, sans nous énerver lorsque nous ne sommes pas d'accords. Il finit par me remercier à demi-mots de lui avoir donné vie.
-Bonne chance avec tout, dis-je. Moi j'aurai essayé.
-Moi je réussirai.
-J'en doute pas.
Je me lève de la banquette, et j'ai l'impression d'avoir perdu quelques kilos ces dernières minutes. Mon manteau d'hiver me pèse, et mon genou n'est pas encore assez remis pour que je puisse marcher totalement droit. Irving me raccompagne vers la sortie, et j'adresse un signe de la main à Sancho et Roger qui m'observent d'un air un peu sadique.
Nous débouchons sur la rue fraîche, et quelques gouttes de lumière viennent attaquer mon visage. Irving ne semble pas dérangé par le froid. Je m'éloigne de quelques pas incertains, avant de me retourner vers lui pour lui poser une dernière question. Je lui avoue qu'avec toutes ces histoires de téléportations et de comas, je ne sais plus très bien qui de lui ou moi a fait quoi.
-C'est pas très clair comme question, plaisante-t-il.
Je continue ma route en me rabâchant que de toute manière j'ai tout le temps maintenant de préciser mes pensées. Je passe mes mains sur mon visage, et le frotte comme pour en gommer toute émotion. La pluie et le soleil n'en finissent pas de se chamailler, et les poignards étincelants fondent sur nous sans la moindre pitié. C'est un combat qui nous dépasse, et on fait juste partie des dégâts collatéraux.


Fin de la première partie

5 janvier 2010

17. Roger Federer

Roger Federer visite l'hôpital aujourd'hui, mais c'est pas comme si j'aimais le tennis. Mon voisin de lit m'a rabâché le nom du sportif toute la matinée, tant et si bien que j'en suis venu à demander aux infirmières de lui donner un sédatif. Mais entre suisses ils ont préféré s'entraider, et c'est moi qui y ai eu droit.
Un anesthésiste m'explique que je me sens persécuté, en me demandant de cracher mon chewing-gum. Il me tend une poubelle, et déplore que l'opération ait lieu aujourd'hui pendant la visite de Federer.
-Moi je le verrai, ajoute-t-il, mais vous quand vous vous réveillerez il sera sans doute parti.
-Je regarde pas le tennis.
-Moi non plus. Mais ici il est plus aimé que Gandhi. Il donne une image glorieuse de notre peuple à l'étranger.
-Pas tant que ça, vous savez. On continue à se foutre pas mal de vous.
Il me jette un coup d'œil un peu haineux, en me demandant de compter jusqu'à dix. Il pose un tuyaux géant sur mon visage, qui englobe ma bouche et mon nez. J'arrive pas à croire que la dernière phrase que je laisserai à la postérité si je meurs pendant l'opération soit pour pour rabaisser les suisses.
Je n'ai pas le temps de compter jusqu'à dix que je sombre dans un profond sommeil. Juste au moment ou je change d'avis et décide de vivre avec ma tumeur.
Je plonge la tête la première dans le monde abyssal contenu dans mon crâne. L'obscurité est plus palpable que d'habitude, plus sombre. Elle est dense comme de l'eau, et je lutte pour avancer car chacun de mes mouvements créé un courant qui m'emporte. Je distingue des silhouettes qui nagent autour de moi, avec des rires moqueurs qui me parviennent déformés et monstrueux. Certainement des gobelins.
C'est comme si j'allais me noyer dans le monde pesant de mon esprit, comme si mes os allaient céder sous la pression et la noirceur de certaines certitudes. On flotte parce que c'est tout ce qu'on sait faire. Et on veut pas savoir ce qu'il y a au fond de l'abysse, alors on raconte à tout le monde qu'il n'y a ni haut ni bas.
Mais pas moi. J'agite les jambes pour plonger vers ce qui me semble être le fond de l'univers. Il fait de plus en plus sombre à mesure que j'avance. Après quelques brasses, j'aperçois une ville au loin, qui me redonne le sens des perspectives.
C'est alors que je réalise à quelle vitesse vertigineuse je chute vers l'abysse. La ville se rapproche à toute allure, et très vite je comprends que c'est Paris. Avec le néant au delà du périphérique, parce que j'ai un esprit assez étriqué. Les immeubles haussmaniens deviennent des camion lancés à pleine vitesse contre moi, et c'est lorsque j'arrive à finalement distinguer des piétons que j'en viens à admettre que je vais me crasher la gueule.
Je ferme les yeux aussi puissamment que possible. Je mets mes bras devant ma tête, comme si ils pouvaient me protéger d'une chute de plusieurs kilomètres. Je sens un choc sourd qui engourdit tout mon corps, comme si je passais d'une densité de liquide à une autre. Le nouveau liquide c'est de l'eau, je le sais avant même d'ouvrir les yeux.
Mon dos vient doucement heurter une surface solide, et mes poumons se remettent à fonctionner normalement. Je commence à étouffer, et me débats vigoureusement, ce qui me fait très vite sortir de l'eau. En aspirant une grande gorgée d'air, j'inspecte les environs autour de moi.
Je suis chez moi. Littéralement.
Je suis dans ma baignoire, dans ma salle de bain, dans mon appartement. Je m'extrais de l'eau, et tente de reprendre mes esprits. Des bruits me parviennent du salon, à travers la porte. Des bruits de combats et de créatures hurlantes.
Je réajuste ma robe d'hôpital trempée, et je pousse la porte. Xavier est en train de jouer sur mon ordinateur, pendant que Vincent dort tout habillé sur mon lit. Je donne des petits coups sur le mur pour capter l'attention de Xavier. Il se retourne vers moi, et m'annonce qu'il a emprunté mon personnage.
-Je comprends pas pourquoi tu prends toujours le magicien, râle-t-il. Un chevalier c'est tellement plus efficace...
-Moi je suis le magicien, pas le chevalier, dis-je.
-C'est sensé être profond, comme phrase ?
Vincent grogne dans son sommeil, et se retourne. Je vais m'assoir sur le canapé, un peu chancelant. La vie va comme ça, on est à Genève mais on est aussi à Paris. On est partout à la fois, et c'est épuisant. J'attrape une cigarette dans le paquet de Xavier, qui me reproche de ne pas attendre sa permission. Je lui demande pourquoi ils sont chez moi.
-On est plus en sécurité ici, m'explique-t-il. Tu verras quand tu rentreras que c'est vraiment la merde à Paris. Alors, c'est bien la Suisse ?
-Je suis en train de me faire opérer.
-C'est bien, mec. Ça veut dire que t'as fait le bon choix.
-Ouais.
Vincent peste contre un serveur imaginaire qui lui a apporté de la salade, et demande un steak avant de s'installer sur le dos. J'essaye de faire des ronds de fumée, pour me donner un air décontracté, mais sans succès. Je crois que je sais de quoi j'ai envie.
J'annonce à Xavier que j'ai un truc à faire, en attrapant des vêtements. Je regrette un peu d'avoir laissé mon manteau d'hiver à Genève. Je confie à mon ami que Roger Federer visite l'hôpital dans lequel je suis.
-Franchement, le monde tourne un peu trop autour des tennismen, me répond-il. Tu vas quand même pas sortir ?
-Si.
-Fais-moi confiance, tu ferais mieux de rester ici.
J'enfile le plus gros pull que je trouve et me dirige vers la porte. Vincent maugrée que son steak pue le foutre et traite son serveur de pédé. Xavier m'avoue que je manque un peu au moustachu. Je souris et réponds que je finirai par rentrer, avant de sortir de l'appartement.
Je descends les escaliers quatre à quatre, et me laisse cueillir par la fraîcheur de la rue. Je me presse vers le métro pour le trouver fermé.
Je décide de faire preuve de courage et de me lancer à l'assaut de la ville. J'accélère mon pas et rencontre sur ma route des rues désertes, jonchées de débris. Je passe devant plusieurs boutiques éventrées, et de nombreuses voitures retournées.
C'est comme si Paris avait été bombardée, c'est le même calme froid et cinglé qui y règne. Le soleil bas de l'après-midi se reflète sur les débris de verre dont les trottoirs sont couverts, et la rue est envahie par une lumière aveuglante. Je marche pendant une bonne heure sans croiser personne, et je ne sais pas trop si je traverse le répit d'après ou d'avant la catastrophe.
Je pousse la porte de l'immeuble que je cherchais, qui a l'air relativement épargné, malgré quelques tags qui proclament la mort prochaine du président. Je monte les escaliers et remarque qu'un léger picotement se fait sentir dans mon genou, à l'endroit où se trouve ma tumeur. Je sonne chez Martine, et elle m'ouvre d'un air surpris.
-Tu es pas vraiment là, c'est ça ? me demande-t-elle.
-Je suis en train de me faire opérer.
Elle a un sourire un peu mélancolique, que je ne lui avais jamais vu. Elle m'invite à rentrer, et je vais m'assoir sur le canapé pour masser mon genou, qui me brûle un peu. Je lui demande pour l'emmerder gentiment si cette fois elle m'a attendu.
-Le problème, répond-elle, c'est que j'arrive pas à trouver quelqu'un d'aussi con. Alors je t'attends.
-Je rentre bientôt.
-De toute façon, je vais aller passer un mois ou deux à Marseille, il paraît que c'est plus sûr. Alors rentre pas trop vite.
-Je ferai ce que je peux.
Elle s'allume une cigarette, et me fait le plus beau sourire de la journée. Elle m'embrasse du bout des lèvres, comme si elle craignait que je sois un fantôme. Et soudain, une douleur fulgurante s'empare de mon genou. Je hurle par réflexe, et Martine écarte ses bras de moi subitement, et fait tomber un bibelot.
Je me recroqueville sur le canapé, sentant une lame entailler ma chair au niveau de la rotule. Je crois que dès que je reviendrai, je vais avoir une longue discussion avec l'anesthésiste. J'annonce à Martine que l'opération commence, et sans rien dire, elle s'assoit à côté de moi et passe sa main sur ma joue. Je m'excuse de n'être toujours pas bien rasé, mais elle me répond qu'elle s'en fout.
Je prends mon mal en patience. En position fœtale, la tête posée sur les cuisses de Martine, j'essaye de ne pas penser à mon genou. J'ai l'impression que nous restons des années ainsi, comme des statues affaiblies. Imperceptiblement, je sens des frissons parcourir son corps chaque fois je pousse un petit gémissement, et si je ne la connaissais pas un peu je jurerais qu'elle va se mettre à pleurer.
Les nuages défilent par la fenêtre, ça et là contrecarrés par des colonnes de fumée s'élevant de la capitale. Les heures passent pendant que je serre les dents, et ni Martine ni moi n'osons dire un mot.
Puis la douleur s'estompe un peu, après une attente interminable. Je prends de grandes inspirations, et déplie péniblement mon corps trop grand. Comme tout à l'heure dans la rue, je n'arrive pas à me situer avant ou après la catastrophe.
Martine me demande comment elle aura de mes nouvelles maintenant qu'il n'y a plus ni internet ni téléphone. Je lui explique qu'elle n'aura pas besoin d'être rassurée, parce que j'irai forcément bien. Que je me serais pas fait chier comme ça pour aller en Suisse, sinon.
Je sens mon corps devenir plus léger, plus flottant. Comme si l'air devenait peu à peu liquide. J'explique avec empressement à Martine que je vais devoir y retourner. Elle m'embrasse et me demande de lui ramener du chocolat.
-Fais gaffe pendant le trajet, dis-je.
-C'est à toi qu'il faut dire ça.
Elle a raison. Un courant violent m'emmène en tourbillonnant vers le plafond, que je traverse sans abîmer. Je passe ainsi plusieurs étages, et me retrouve projeté au dessus de Paris. Je ferme les yeux et me laisse bercer par le clapotis de l'air dans mes oreilles. Mon corps est transporté à toute vitesse dans l'univers intangible.
Le truc c'est qu'on ne sait jamais se situer par rapport aux catastrophes, c'est pour ça que toutes les prédictions sont fausses, et que le futur nous échappe autant. On est trimballé à pleine vitesse à travers des océans inconnus, et même si souvent on a des intuitions, au final on sait jamais où on va atterrir.
J'ouvre les yeux. Mon genou me brûle, et le visage de Roger Federer m'observe avec bienveillance. Ce n'est pas que le monde tourne autour des tennismen, c'est qu'il ne tourne que pour eux. Et que je n'arrive pas à tenir une raquette correctement.
Aux côtés de Federer se trouve une infirmière qui m'explique que le sportif a accepté d'attendre que je me réveille pour venir me visiter.
-Tu vas le faire, mec ! m'encourage-t-il.
Faire quoi, ça j'en sais rien.


Notes : -Rendre scène avec Martine moins niaise
-Développer le personnage de Roger Federer

Prochainement : Martine introuvable
 
Annuaire Miwim Annuaire blog Blog Paperblog : Les meilleurs actualités issues des blogs visiter l'annuaire blog gratuit Blog Annuaire litterature Blogs Annuaire blogs Blog Annuaire litterature Annuaire de blogs Littérature sur Annuaire Tous les Blogs Blogs / Annuaire de Blogs Annuaire Webmaster g1blog Annuaire blog Rechercher rechercher sur internet plus de visites Moteur Recherche annuaire blog Référencement Gratuit Littérature sur Annuaire Koxin-L Annuaire BlogVirgule Annuaire Net Liens - L'annuaire Internet Annuaire de blogs quoi2neuf Vols Pas Chers Forum musculation hotel pas cher Watch my blog ExploseBlogs Liens Blogs Livres

Ce site est listé dans la catégorie Littérature : Atelier d'écriture en ligne de l'annuaire Seminaire referencement Duffez et Définitions Dicodunet

Votez pour ce site au Weborama